José Manuel Durao Barroso ne pouvait pas rester silencieux. Au lendemain de la crise inédite qu'il a lui-même ouverte à Strasbourg, en refusant de soumettre sa commission au vote des députés européens, le successeur désigné de Romano Prodi a indiqué jeudi qu'il procéderait à des «changements ponctuels» pour présenter à l'Europarlement une nouvelle équipe dans moins d'un mois. Avant de s'envoler pour Rome, où il assistera aujourd'hui à la signature de la Constitution européenne, le président de la future Commission a déclaré sur Europe 1 qu'«il n'y aura pas de remaniement extensif» dans son équipe, mais «des changements ponctuels». Pressé d'en dire plus, il a déclaré: «Bien moins que huit ou dix (ndlr: sur 25), mais je ne peux pas vous dire le nombre. Je ferai ce qui sera nécessaire et suffisant pour l'Europe», a répondu Barroso. Sans évoquer le nom de Rocco Buttiglione, le commissaire italien à l'origine de la crise, il a encore affirmé: «Je ne peux pas accepter un commissaire qui aura des problèmes avec le parlement.»

Le problème, pour Barroso, c'est que la majorité des députés européens n'en a visiblement pas que contre Rocco Buttiglione, commissaire pressenti aux Affaires intérieures et auteur de propos jugés homophobes et sexistes. Non, au moins quatre autres commissaires se sont vus reprocher des conflits d'intérêts ou leur incompétence. Il s'agit de la Néerlandaise Neelie Kroes (Concurrence), «accusée» d'avoir siégé dans de trop nombreux conseils d'administration, de la Lettone Ingrida Udre (Taxation et Union douanière), de la Danoise Marianne Fischer Boel (Agriculture, Taxation), du Hongrois Laszlo Kovacs (Energie).

Toute la question est de savoir maintenant quelle sera la marge de manœuvre de Barroso. Et la réunion de Rome, qui ne devait être qu'un rendez-vous certes historique mais surtout symbolique et protocolaire, devrait permettre aux 25 chefs d'Etat et de gouvernement de discuter de la nouvelle composition de la future Commission.

Dès lors il n'est pas impossible que les grands pays, qui comme la France et l'Allemagne se sont sentis traités un peu par-dessous la jambe lors de la composition de la première commission Barroso, tiennent leur revanche. Au détriment des «petits», pays Baltes en tête, auxquels José Durao Barroso avaient peut-être un peu vite confié des portefeuilles de première importance (le Budget, les Perspectives financières, la Fiscalité, le Contrôle financier, la Lutte antifraude et l'Administration).