José Manuel Barroso se savait menacé et accusé de passivité face aux égoïsmes nationaux des Etats membres de l’UE dans la crise de la dette souveraine. Sa réponse, dans son discours sur «l’état de l’Union» prononcé mercredi matin devant les eurodéputés à Strasbourg a été ferme et ambitieuse, même si de sérieux doutes demeurent sur sa capacité à l’emporter face aux capitales, dans le contexte du désastre financier grec.

Répétant à plusieurs reprises «Oui, l’Europe a un avenir!», le président de la Commission a adressé un avertissement clair aux pays membres tentés de privilégier des solutions intergouvernementales pour sortir de la crise: «Nous sommes prêts, à la Commission, à accepter toutes les critiques. Mais nous devons d’abord surmonter le problème de confiance engendré par la montée de la défense croissante des intérêts nationaux», a-t-il répété en réponse aux interpellations des eurodéputés.

Sur trois dossiers au moins, José Manuel Barroso a défendu une approche communautaire résolue: la question de la gouvernance économique de la zone euro pour laquelle «il n’est pas nécessaire de créer d’autres institutions»; la question fiscale, sur laquelle «les pays membres doivent donner à l’exécutif communautaire les moyens de négocier avec les pays tiers» – référence directe à la Suisse et aux accords conclus avec l’Allemagne et le Royaume-Uni – et la question des réponses financières à la crise, face à laquelle la Commission a décidé de proposer ce mercredi l’instauration immédiate et unilatérale, par les Vingt-Sept, d’une taxe «Tobin» sur les transactions financières jusque-là bloquée.

Le moment était approprié: sitôt le débat avec José Manuel Barroso achevé, le Parlement européen a voté en faveur d’un paquet de six directives destinées à renforcer la gouvernance économique de l’Union en organisant une meilleure surveillance des budgets nationaux, et en renforçant les sanctions infligées aux Etats en cas de dérapage budgétaire. Ces textes, dont l’adoption était quasi assurée après plus d’un an de discussions avec les capitales, auront pour effet d’accélérer l’intégration des 17 pays de la zone euro.

Mais la mise en garde, à Strasbourg, du président de la Commission contre le risque de «renationalisation et de fragmentation» de l’Union ne s’est pas accompagnée d’une prise de position claire sur la proposition franco-allemande de confier au président du Conseil (représentant les Etats membres) Herman Van Rompuy la responsabilité de l’Eurogroupe, alors que le commissaire européen aux Affaires économiques pourrait fort bien jouer ce rôle. Les négociations, lors du sommet des chefs d’Etat ou de gouvernement des 17 et 18 octobre à Bruxelles, s’annoncent donc serrées.

L’autre sujet de déception, au sein de l’Europarlement, aura été la prudence de José Manuel Barroso sur les questions financières urgentes du moment: l’éventuelle recapitalisation des banques européennes, la possible faillite partielle de la Grèce et l’augmentation des moyens du Fonds de soutien financier (EFSF) dont le Parlement allemand doit voter jeudi les nouvelles dispositions, adoptées lors du sommet de la zone euro le 21 juillet. Le calendrier, il est vrai, est compliqué dans le contexte de fortes tensions sur les marchés. La mission conjointe d’experts de la Commission, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international est attendue à Athènes cette semaine et doit rendre son nouveau rapport d’évaluation la semaine prochaine. De celui-ci dépendra le déblocage de la nouvelle tranche d’aide à la Grèce de 8 milliards d’euros, dont vont rediscuter de nouveau les ministres des Finances de l’UE réunis à Bruxelles les 3 et 4 octobre. L’appel lancé aujourd’hui à l’Europe et à ses gouvernements par José Manuel Barroso a fixé un cap politique dont les marchés financiers vont, à coup sûr, continuer de douter tant que toutes les décisions n’auront pas été prises et, surtout, mises en œuvre.