José Manuel Barroso devra maintenant s’atteler à convaincre le parlement européen. Invité à présenter son programme pour 2009-2014 lors du dîner des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE à Bruxelles, le président sortant de la Commission a, selon des diplomates, obtenu comme prévu le soutien d’une majorité de pays membres.

Il faut dire que l’exercice, politiquement, ne paraissait pas trop difficile pour le candidat conservateur à sa réélection: vingt et un pays de l’UE sont dirigés par la droite, ou par des coalitions conduites par celle-ci. Et les élections européennes du 7 juin ont aussi été remportées par le camp conservateur, arrivé nettement en tête.

Aucun détail n’a pour l’heure filtré sur les promesses faites par M. Barroso et sur les commentaires des dirigeants de l’UE. On savait toutefois, à l’avance, que les grandes lignes défendues par l’ancien premier ministre portugais reflétaient assez précisément les souhaits de l’Allemagne et de la France de voir une «Europe qui protège davantage ses concitoyens et ses intérêts dans le monde».

Le suspense demeure en revanche sur les conditions de nomination de M. Barroso, qu’une partie des élus socialistes, verts et libéraux du parlement européen souhaitent investir seulement après l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, après le second référendum irlandais prévu à l’automne. Un délai que le front anti-Barroso, conduit notamment par l’eurodéputé vert français Daniel Cohn Bendit, souhaite mettre à profit pour trouver un autre candidat au cas où la majorité requise ne serait pas atteinte. Sans que beaucoup y croient vraiment…

Deux autres points semblent acquis à l’issue de cette première journée du sommet européen, qui s’achève en fin d’après-midi ce vendredi. Le premier concerne le futur protocole qui sera rajouté au Traité de Lisbonne existant, pour permettre aux Irlandais d’obtenir les garanties qu’ils désirent sur le maintien de leur neutralité, de la prohibition de l’avortement, de leur commissaire européen, et de leur autonomie fiscale.

Cette promesse écrite sera transformée en garantie juridique à l’occasion de la prochaine modification du Traité européen, prévue pour l’accession de la Croatie, sans doute en 2010. Avec vote des parlements nationaux à la clef. Le Traité de Lisbonne entrera toutefois en vigueur dès que les Irlandais auront voté oui et que les derniers recours juridiques (notamment en Allemagne) auront été levés.

Régulation financière

Le second point acquis est l’accent mis sur la régulation financière mondiale, dont M. Barroso a fait un axe central de son programme 2009-2014. «Il y a un accord de principe» avec «un soutien politique au plan» pour réformer la supervision financière, a indiqué une source diplomatique européenne à l’Agence France Presse.

Les dirigeants européens ont examiné jeudi les grandes lignes d’une réforme de la supervision financière visant à tirer les leçons de la crise récente. Elle prévoit la mise en place de nouveaux organismes paneuropéens ayant leur mot à dire dans la supervision du secteur financier au niveau national.

La réforme, proposée par la Commission européenne fin mai, prévoit notamment la création d’un «comité européen du risque systémique», qui avertirait les autorités nationales et émettrait des recommandations quand il détecte un problème important.

Elle prévoit aussi de mettre en place trois nouvelles autorités paneuropéennes chargées de la surveillance des banques, des assureurs et des marchés financiers. Elles remplaceraient des comités consultatifs existants, en leur donnant un vrai pouvoir décisionnel.

Les Britanniques, soucieux de défendre les intérêts de la City de Londres, se sont opposés cependant à certaines idées préconisées par Bruxelles, et en particulier à ce que ces trois nouvelles autorités puissent imposer leur médiation entre les superviseurs nationaux, en cas de désaccord entre eux.

«Il semble qu’un accord soit en cours», a indiqué une autre source européenne, indiquant qu’une nouvelle formulation de texte a été mise sur la table qui «mentionne les choses qui sont importantes pour le Royaume-Uni».

La Commission européenne doit ensuite faire des propositions législatives d’ici l’automne pour concrétiser cette réforme.