«Nous sommes repartis!» José Manuel Barroso, le président désigné du futur exécutif européen, avait, selon sa propre expression, «arrêté l'horloge», mercredi 27 octobre, à l'heure où il aurait dû présenter son équipe de commissaires européens à l'approbation du Parlement européen à Strasbourg. Hier soir, il s'est dit «heureux» de pouvoir la remettre en marche au Sommet de Bruxelles, en annonçant dès le début des travaux des chefs d'Etat et de gouvernement européens la composition de son équipe remaniée. C'est finalement Franco Frattini, le ministre des Affaires étrangères italien, qui remplacera Rocco Buttiglione aux Libertés civiles, à la Sécurité et à la Justice. Il aura également le rang de vice-président de la Commission, comme cela avait été prévu pour le candidat recalé à cause de ses propos misogynes et homophobes.

Le commissaire italien était la dernière pièce du puzzle qui manquait à un José Manuel Barroso manifestement décidé à ne pas accéder à toutes les demandes du Parlement. Seuls deux candidats à l'exécutif, Rocco Buttiglione et la Lettone Ingrida Udre, ont quitté l'équipe. Le Hongrois Laszlo Kovacs, très critiqué pour ses incompétences en matière d'énergie, hérite au final de la fiscalité. Son poste à l'énergie passe au nouveau candidat letton, Andris Piebalgs.

La Néerlandaise Neelie Kroes maintenue

En revanche, le président de la future Commission a maintenu la Néerlandaise Neelie Kroes au portefeuille de la Concurrence, malgré toutes les critiques sur de possibles conflits d'intérêts. Le Portugais a affirmé que, selon une étude réalisée sur les cinq dernières années, ses mandats passés dans l'industrie, l'auraient empêchée de traiter ses dossiers dans moins de 1% des cas seulement.

Alors que Rocco Buttiglione a été le premier commissaire à jeter l'éponge, le gouvernement italien, empêtré dans des problèmes de politique intérieure, a mis plusieurs jours à lui trouver un remplaçant. Jeudi, Silvio Berlusconi s'est retrouvé sous pression à Bruxelles. Alors qu'il rencontrait les membres du Parti conservateur européen dans la capitale belge, il a essuyé quelques remarques acides. «Nous attendons l'Italie», avait déclaré Hans Gert-Pöttering, leader des conservateurs au Parlement européen, très pressé d'approuver la nouvelle Commission Barroso. Loyola de Palacio, la commissaire espagnole sortante, avait été encore plus claire: «Il faut que l'Italie donne ce nouveau nom aussi vite que possible.»

Hier soir, les eurodéputés conservateurs européens et socialistes se disaient satisfaits de la nouvelle équipe. Le président de l'Europarlement, Josep Borrell, a promis de son côté que les auditions des deux nouveaux commissaires et du Hongrois sur la fiscalité pourraient commencer dès la semaine prochaine, ce qui ouvre la voie à une approbation de la Commission européenne par les eurodéputés de Strasbourg le 17 novembre.