Rendez-vous le 16 septembre à Strasbourg. Sauf surprise majeure, les eurodéputés voteront la semaine prochaine sur la reconduction de José-Manuel Barroso pour un second mandat de cinq ans à la tête de la Commission européenne. Une victoire obtenue après des semaines d’incertitude, à l’issue de plusieurs auditions devant les groupes politiques de l’assemblée.

Forts du premier groupe politique du parlement, les conservateurs du PPE (Parti populaire européen) demandaient de longue date un vote rapide. Ils semblent avoir obtenu, mercredi, l’accord du groupe libéral présidé par l’ancien premier ministre Belge Guy Verhofstadt. «Nos trois exigences sont la continuité, le contenu du programme de M. Barroso, et la légalité» a expliqué ce dernier en proposant une formule en deux temps: un premier vote dès le 16 septembre selon la règle de la majorité simple prévue par l’actuel Traité de Nice, puis un second vote après l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, sur lequel les électeurs irlandais doivent à nouveau se prononcer lors d’un référendum, le 2 octobre.

La décision ferme d’organiser ce vote sera prise ce jeudi matin à Bruxelles lors de la conférence des présidents de l’europarlement, au sein de laquelle le groupe socialiste, ambivalent et divisé, pourrait in extremis accepter cette consultation, rejetée à l’avance par les Verts. Les écologistes, emmenés par leur co-président Daniel Cohn-Bendit, réclament eux à cor et à cri un report du scrutin après le référendum irlandais, et suggèrent pour cela l’extension de trois mois du mandat de l’actuelle Commission, qui s’achève le 31 octobre. Ils ont, deux heures durant, passé M. Barroso sur le grill mercredi, lui reprochant notamment son caractère trop consensuel et sa prétendue soumission aux Etats-membres: «Je confirme être un réformateur du centre et un rassembleur» leur a rétorqué ce dernier, en forme et ouvert au débat, y compris sur son passé assumé d’étudiant maoïste. «Mon parti politique, c’est l’Europe a-t-il poursuivi, tout en affichant sa divergence avec ses détracteurs sur la politique de concurrence. «Je maintiendrai coûte que coûte la ligne de défense intégrale du marché intérieur» a expliqué M. Barroso, attaqué sur ses compromis en matière industrielle, et son manque de réactivité par rapport à la crise financière.

La tenue du vote d’investiture la semaine prochaine lors de la session plénière de l’assemblée à Strasbourg semble d’autant plus acquise que les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 se réuniront le 17 au soir pour un dîner informel à Bruxelles. Officiellement, cette rencontre se focalisera sur le sommet à venir du G20 de Pittsburgh et la crise économique. Mais cette convocation, au lendemain du vote sur M. Barroso, ne laisse personne dupe à Bruxelles. L’argument de la fragilisation de l’exécutif européen en cas de report du vote, martelé mercredi devant les groupes politiques de l’europarlement par le président sortant de la Commission, a porté.

«L’Europe ne peut pas, dans les circonstances actuelles, apparaître faible et divisée. Nous réclamons que sitôt connu le résultat du vote sur M. Barroso, les 27 pays membres de l’UE commencent à former la future Commission» a asséné M. Verhofstadt, pourtant très sévère sur le bilan de l’ancien premier ministre portugais qui l’avait, en 2004, coiffé sur le poteau pour prendre la tête de la Commission européenne. La reconduction de M. Barroso reste toutefois un chemin miné comme l’ont montré, en début de semaine, les rumeurs sur la prétendue candidature du Premier ministre français François Fillon à la tête de la Commission. «La nomination des futurs commissaires, choisis par les Etats membres, sera une autre rude bataille» confiait mercredi un conseiller proche de M. Barroso.