La question n’était plus «Quand?» mais «Combien?». Et la réponse est la meilleure que pouvait espérer José-Manuel Barroso, tout juste réélu au Parlement de Strasbourg par 382 voix contre 219 et 117 abstentions. Quasi assuré d’obtenir la majorité simple des élus présents, requise par le Traité de Nice actuellement en vigueur, l’ancien premier ministre portugais devait, pour convaincre et asseoir sa légitimité contestée, atteindre la majorité absolue exigée par le futur Traité de Lisbonne toujours en suspens, soit 369 voix sur les 736 parlementaires élus le 7 juin. C’est chose faite à l’issue d’un vote électronique particulièrement rapide.

Un score inférieur risquait en effet de relancer le débat sur un second vote d’investiture en novembre, au moment de l’entrée en fonction de la Commission. Désormais, la page est tournée. Candidat depuis le printemps du camp conservateur, M. Barroso a su, par ses auditions et la présentation de son programme politique, rallier bien au-delà des 265 élus du groupe PPE (droite, premier groupe de l’assemblée) et du reste de la droite.

Pari gagné

En obtenant une cinquantaine de voix à gauche, malgré l’opposition des Verts et d’une majorité du groupe socialiste, le président sortant de la Commission européenne a gagné son pari. Mais il s’est aussi mis dans une posture offensive face aux Etats membres, avec lesquels il devra très vite discuter de la composition du prochain collège des commissaires. Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE seront réunis jeudi soir à Bruxelles sous présidence suédoise pour un dîner informel au sujet de la crise économique, avant le sommet du G20 de Pittsburgh. Chaque gouvernement propose le Commissaire de son choix et la bataille est d’ordinaire rude pour les principaux portefeuilles de la Commission. Le Parlement européen auditionnera en novembre les candidats retenus.

«Virage à gauche»

Lors de sa présentation en séance plénière de l’Europarlement mardi, M. Barroso avait multiplié les promesses envers la gauche et les Verts en promettant de défendre avec fermeté les droits sociaux et de créer trois nouveaux postes de commissaires: l’un chargé des négociations climatiques, l’autre de la justice et des libertés fondamentales, et le troisième pour les migrations.

Ce «virage à gauche» du candidat, sur laquelle une bonne partie de la presse européenne ironise, lui a donc profité. Tout comme son profil de rassembleur, sur lequel il n’a cessé d’insister, en se présentant comme un «réformateur du centre».