En nommant lundi le gouvernement d'union nationale qui ouvre la transition démocratique en RDCongo, le président Joseph Kabila entend œuvrer pour une paix durable en Afrique centrale. «Avec la mise en place des institutions de la transition, la guerre qui endeuille encore plusieurs parties du territoire national et particulièrement l'est du pays devient sans objet, car tous les prétextes avancés autrefois pour la justifier sont vidés», a affirmé le président dans un discours à la nation.

Tous à bord. Le lourd bateau de la transition a enfin appareillé. Il s'annonce difficile à manœuvrer, mais au moins tous s'y retrouvent, ou presque. C'est ainsi que le président Joseph Kabila, dont l'autorité sort renforcée, sera flanqué de quatre vice-présidents qui risquent de se neutraliser les uns les autres car leur autorité morale est aussi peu élevée que la confiance qui règne entre eux. On y retrouve en effet Jean-Pierre Bemba, le président du Mouvement pour la libération du Congo (MLC), Adolphe Onusumba, qui vient de prendre la place du véritable homme fort du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), Goma Azarias Ruberwa, Arthur Zahidi N'Goma, porte-parole de l'opposition politique, qui a évincé Etienne Tshisekedi et, du côté gouvernemental, Yerodia N'Dombassi, ancien compagnon de feu le président Kabila, mis en cause en Belgique et capable de tenir la dragée haute aux trois premiers.

Quant au gouvernement de transition – 36 ministres, 25 vice-ministres – il ressemble plutôt au radeau de la Méduse, car on y retrouve bon nombre de personnalités qui incarnent, à des degrés divers, les maux qui ont accablé le Congo, à savoir la violence militaire, la vénalité, la collaboration avec les agresseurs. La partie gouvernementale garde les Ministères de l'intérieur, de la sécurité, des finances, de l'industrie et de l'énergie, le RCD-Goma prend les Ministères de la défense et de l'économie, le MLC de Jean-Pierre Bemba se retrouve à la tête des Affaires étrangères et du Budget. Même les Maï-Maï ne sont pas oubliés, ils se retrouvent chargés du Développement rural.

Les pessimistes diront que la barque est trop chargée pour aller bien loin, qu'elle représente une victoire de l'impunité, une prime octroyée aux chefs de guerre et aux opportunistes. Sans doute. Au-delà de ce constat désabusé, on peut dire aussi que la priorité, pour le Congo, c'est de mettre réellement fin aux hostilités, de mettre hors la loi cette guerre que finalement nul n'a réellement gagnée, dont la population n'a jamais voulu. Et il est vrai que toutes les factions étant désormais associées au pouvoir, aucune d'entre elles n'a de raison de recourir aux armes. Désormais, la dynamique politique, celle d'une transition qui devrait mener aux élections d'ici à deux ans devrait, en principe, prendre le pas sur la logique de guerre.

Les rebelles d'hier devront se transformer en formations politiques et sur ce plan, le MLC de Bemba a déjà pris une longueur d'avance, même si son chef n'a pas encore quitté son fief de Gbadolite. De plus, même si, au nom de la réconciliation, l'amnistie a été décrétée pour les délits politiques, il n'y aura pas d'impunité pour les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité et la justice internationale contribuera peut-être à la décantation. Ce qui est certain en tout cas, c'est que ceux qui tenteront de ramener le bateau vers les tourbillons de la guerre risquent de se trouver en porte-à-faux et d'être définitivement mis hors jeu.

Même si l'équipe au pouvoir est pléthorique et risque d'être dispendieuse, il faut savoir qu'elle représente le prix à payer pour la paix, bien moins coûteux que la poursuite de la guerre. D'autant plus que cet accord devrait, en principe, lever le dernier obstacle à l'octroi d'une aide internationale conséquente, justifiée par les efforts consentis par le gouvernement au cours des deux dernières années mais plus encore par le désastre humanitaire qu'incarne désormais le Congo.

En outre, ce gouvernement de transition sera en liberté surveillée. En plus des institutions financières internationales, il devra compter avec le comité international de suivi de la transition (CIAT), dirigé par le nouveau représentant spécial de l'ONU l'Américain William Swing, par tous les médiateurs africains et européens qui sont intervenus dans le processus, par la MONUC qui renforcera sa présence dès septembre. Et, sur le plan intérieur, il sera chapeauté aussi par un bureau présidentiel renforcé, qui détiendra peut-être le véritable pouvoir.

Les premiers tests de la transition ne devraient pas tarder: il s'agit de la réunification du pays, de l'abolition des différentes zones contrôlées par le gouvernement et par ceux qui désormais ne peuvent plus prétendre au titre de rebelles, de la fin de la guerre à l'est et de la liberté de circulation, de l'intégration des forces armées.

C'est là que réside le plus grave danger: le RCD a obtenu la Défense ainsi que le commandement de l'armée de terre, mais il devra compter avec deux adjoints issus du gouvernement et du MLC. Moïse Nyarugabo, l'un des leaders du RCD, n'a pas tort lorsqu'il déclare que «la méfiance demeure extrême». Dans tous les sens.