Un premier contingent de 110 casques bleus est arrivé jeudi à Goma, à l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Membres de la Mission d'observation des Nations unies en RDC (Monuc), ils sont chargés par le Conseil de sécurité de surveiller le retrait des forces en guerre sur le terrain, c'est-à-dire l'armée congolaise soutenue par le Zimbabwe, l'Angola et la Namibie, d'une part, et la rébellion congolaise appuyée par les troupes ougandaises et rwandaises d'autre part. Tous les belligérants se sont engagés à reculer de 15 km. Le délai qui a expiré au cours de la nuit dernière, n'a pas été respecté, selon les dernières informations. «Cela ne m'empêche pas d'être optimiste sur la suite des événements», déclare le président Joseph Kabila.

Depuis son accession au poste suprême, après l'assassinat de son père Laurent-Désiré Kabila le 16 janvier dernier, le jeune président multiplie ses déplacements à l'étranger, mais surtout en Occident. Après Washington, Londres, Paris, Oslo, il se trouve actuellement en Suisse pour une visite de deux jours. Il a déjà eu de multiples rencontres avec les autorités genevoises et onusiennes. Ce vendredi, il prévoit des pourparlers avec le président de la Confédération, Moritz Leuenberger, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, et le président de la République française, Jacques Chirac. Joseph Kabila prendra également la parole devant la 50e session de la Commission des droits de l'homme. Entretien (en anglais) avec le plus jeune chef d'Etat au monde.

Le Temps: Au moment de votre nomination, il y a eu un certain flou autour de votre personnalité. Qui êtes-vous Monsieur le président?

Joseph Kabila: Ayant seulement 29 ans, je n'ai pas beaucoup d'histoire derrière moi. Je suis né dans le Kivu (est de la RDC) et dès mon plus jeune âge, j'ai intégré la rébellion contre la dictature de Mobutu. J'ai acquis une formation militaire, notamment à Pékin où j'ai passé six mois. Pendant mon séjour, j'ai été impressionné par les transformations économiques en cours. Sinon, je suis comme tout Congolais qui a le développement de son pays à cœur et qui veut y travailler.

– Depuis votre prestation de serment, vous multipliez les voyages à l'étranger. Croyez-vous que les solutions à la crise se trouvent hors de la RDC?

– Mais nous faisons face à une agression venant de l'extérieur. Des forces étrangères occupent notre pays. Il fallait l'expliquer au monde. Désormais, les enjeux sont mieux compris. Par ailleurs, il est vrai qu'on a aussi nos contradictions internes qui ont plongé notre pays dans une grande crise humanitaire. Nous allons tenter de régler le problème par un dialogue intercongolais dès le mois d'avril.

– Vous parlez de compréhension de l'étranger mais que dites-vous de la promesse non-tenue par rapport à la Monuc?

– C'est vrai, la communauté internationale a fait beaucoup de promesses. On nous avait promis 5000 casques bleus. Maintenant, on parle de seulement 3500 hommes. Le peuple congolais est déçu. J'en ai déjà parlé au secrétaire général de l'ONU.

- Comment interprétez-vous le fait qu'aucune partie au conflit ne s'est retirée comme prévu dans l'Accord de Lusaka?

– Malgré les délais, je reste optimiste. Regardez, les armées sont là mais il n'y a plus d'affrontement. Cela ne s'était pas produit depuis 1999. Quant au Rwanda et à l'Ouganda, dont les armées occupent notre pays, je pense que le droit international devrait les obliger à se retirer. Aucun pays, quelle que soit sa puissance, ne devrait envahir et occuper un autre pays. La communauté internationale doit assumer ses responsabilités. L'ONU et l'OUA (Organisation de l'unité africaine) doivent mettre fin au conflit. Cette guerre, elle est si stupide, elle a créé tellement de misères et de souffrances.

– Y a-t-il beaucoup de différences entre Kabila père et Kabila fils dans la gestion du pays.

– (Rires). Je ne sais pas. C'est à vous de me le dire. Son objectif était de parvenir à la paix. Il y a laissé la vie. J'ai le même objectif, mais je crois que je vais plus vite. Il le faut pour pouvoir réduire les souffrances de la population.

– Votre père était très nationaliste, non?

– Chaque Congolais est un nationaliste qui tient à l'intégrité de son pays.

– Vous êtes à Genève pour participer à la Commission des droits de l'homme. Symbolique?

– Les droits fondamentaux ne sont pas des choses qu'on donne. Ma participation a plus qu'une valeur symbolique. C'est vraiment plus profond et concerne le droit et le respect de la vie humaine.

– Des avoirs congolais sont bloqués dans des banques suisses. Les autorités suisses s'apprêtent à vendre la villa de Mobutu (à Savigny) pour recouvrer des dettes congolaises. Comptez-vous soulever la question?

– Nous ne savons pas le montant réel qui se trouve ici. Cette question sera traitée par nos diplomates. Il serait normal que tout l'argent appartenant aux Congolais retourne au pays.