Le New York Times , il est vrai, a lancé l’artillerie lourde: articles d’information, éditoriaux, commentaires, interventions de personnalités extérieures… Ces prises de position s’articulent autour de deux nouvelles extrêmement embarrassantes pour le pape. En Allemagne, d’abord, le futur Benoît XVI n’aurait rien fait dans les années 80 pour s’opposer à ce qu’un prêtre accusé de pédophilie puisse reprendre son sacerdoce dans une nouvelle paroisse, sans être inquiété ou avoir à suivre un traitement. Ensuite, dans une affaire qui intéresse bien davantage les Américains, le New York Times assurait que, pendant la décennie suivante, le cardinal Ratzinger a refusé de défroquer un prêtre du Wisconsin qui s’était rendu coupable de molester pendant des années 50 à 70 quelque 200 enfants sourds

Les documents mis en avant par le journal ne prouvent pas une intervention directe du cardinal Ratzinger, mais plutôt son approbation tacite de la décision, tandis que le prêtre en question, gravement malade, allait mourir quelques mois plus tard. «A l’époque, les chefs de l’Eglise ont choisi de protéger l’Eglise plutôt que les enfants», résumait un éditorial au vitriol, le 24 mars dernier. Pour couronner le tout, l’acide Maureen Dowd affirmait dans une chronique que tout ceci était «choquant mais pas surprenant». «Le pape a prouvé qu’il n’était pas infaillible», estimait-elle en appelant Benoît à «retourner chez lui en Bavière».

«Le New York Times a-t-il un agenda caché contre le pape?», s’interrogeait à la télévision l’archevêque de New York Timothy Dolan. Autour de lui, une partie de la presse catholique américaine, rejointe par quelques médias généralistes, fait front. Ainsi du New York Daily News qui prenait la défense de Benoît XVI dans un éditorial. «Il y a matière à critiquer l’échec de l’Eglise catholique à prendre des mesures, pendant des décennies, contre les prêtres coupables d’abus sexuels, concédait le journal. Ces articles tendent à donner crédit à la thèse selon laquelle la hiérarchie religieuse n’a pas voulu voir ou a couvert les coupables.» Cependant, le quotidien de New York s’empresse d’affirmer que ces «péchés» ne peuvent pas être attribués au pape actuel. «C’est faux», assurent les éditorialistes. «Encore, et en toute certitude: ces accusations sont fausses.»

Donnant la parole à un prélat canadien, Raymond de Souza, la National Review s’en prenait directement à l’auteur des articles du New York Times, Laurie Goodstein, l’accusant d’être de mèche avec certains ennemis du pape. «Cette affaire offre l’apparence d’une campagne coordonnée, plutôt que d’un journalisme désintéressé.»

Cette défense, cependant, a provoqué à son tour l’entrée en scène d’autres grands médias américains, agacés par la manière dont le Vatican a remis en question les informations du New York Times. La plupart des grandes chaînes de télévision (CNN, MSNBC…) accusaient ainsi le Saint-Siège d’obéir au vieil adage: «Quand on ne veut pas entendre un message, on tue le messager.»

«Les excuses sont un exercice vain si elles ne sont pas accompagnées de la volonté de changer les choses et de sanctionner ceux qui sont responsables d’avoir infligé tant de peines», enchaînait le Boston Herald. A quoi le Journal Sentinel de Milwaukee, donnant la parole aux avocats des victimes du Wisconsin, ajoutait: «Ces éléments fournissent la preuve d’une dissimulation institutionnelle qui a couvert plusieurs décennies et plusieurs continents.»

Le débat est d’autant plus brûlant que plusieurs journaux reconnaissent le fait que, à l’inverse de ses prédécesseurs, Benoît XVI a fait des cas d’abus sexuels l’une de ses priorités. Durant sa visite aux Etats-Unis, en 2008, il avait abordé la question de nombreuses fois, rencontrant des victimes des prêtres américains. «Nous sommes face à deux vues distinctes du scandale», commentait, dans le même New York Times, John Allen, le doyen des journalistes religieux, du National Catholic Reporter.