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Nucléaire

Le jour où l’Iran a renoué avec le monde

Un accord historique a été signé entre l’Iran et les six pays parties aux négociations (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Allemagne, Grande-Bretagne), ainsi que l’Union européenne

Le jour où l’Iran a renoué avec le monde

Nucléaire Après vingt mois d’intenses négociations, un accord historique et sans précédent est scellé

L’Iran se met sous la supervision de l’AIEA en échange de la levée des sanctions

Téhéran espère récolter les fruits économiques de cet accord, les Etats-Unis un bénéfice politique

Un bon accord est d’abord un bon compromis. Celui qui a été scellé mardi entre les six puissances négociatrices et l’Iran sur son programme nucléaire est historique et sans précédent par son étendue. Il a été arraché au terme de près de deux années de tractations, avec une dernière ligne droite de dix-sept jours qui s’est joué dans le huis clos du palais viennois de Coburg.

«Ce résultat est un miracle, explique Ali Vaez, spécialiste de l’Iran et chercheur pour l’International Crisis Group (ICG). Imaginez sept pays, avec des intérêts aussi divergents, négocier des questions aussi pointues sans dévier de leur objectif malgré la guerre de Gaza, la guerre en Ukraine. C’est un moment unique qui démontre qu’une diplomatie patiente débouche sur du concret.»

S’il fallait retenir les trois points essentiels de cet accord, le chercheur les résume ainsi: Téhéran valide un régime complet de vérification de son programme nucléaire comme aucun autre pays auparavant n’a accepté de le faire; c’est l’accord le plus détaillé issu d’une négociation multilatérale sur le nucléaire, chaque étape est spécifiée dans des annexes; c’est la première fois, enfin, qu’un pays sanctionné sous la charte 7 de l’ONU accepte de négocier, évitant ainsi une guerre ou un changement de régime.

L’Iran a cédé, beaucoup. Mais aussi obtenu l’essentiel: les sanctions internationales, toutes, seront levées selon un calendrier qui s’étale sur plusieurs années. Alors que son programme nucléaire était jusqu’ici jugé illicite par l’ONU, il est désormais acceptable dans un cadre strictement défini permettant de s’assurer de son usage civil sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). L’Iran, sans perdre la face, peut espérer la réintégration de la communauté internationale et un gain économique substantiel. «C’est parfaitement équilibré», conclut Ali Vaez.

C’est ce que semblaient confirmer les premières réactions des capitales des pays concernés. «Tous nos objectifs ont été atteints, s’est félicité le président iranien, Hassan Rohani. Dieu a exaucé les prières de notre nation.» Au même moment, le président américain, Barack Obama – dont le discours était retransmis à la télévision iranienne –, expliquait qu’il s’agissait du meilleur accord possible et qu’il ne reposait pas sur la confiance mais sur la capacité d’en vérifier l’application à chaque étape. La communauté internationale a accueilli avec soulagement ce résultat. Même certains Etats sunnites comme les Emirats arabes unis y voient la possibilité de tourner une page de leur histoire.

Seul Israël condamne fermement cette «erreur historique» qui va permettre à l’Iran de financer sa «machine de terreur». Son premier ministre, Benyamin Netanyahou, peut compter sur le soutien de l’opposition républicaine aux Etats-Unis pour tenter de torpiller par le biais du Congrès américain un texte qui doit encore être ratifié (lire ci-contre).

«L’étape suivante est de vendre cet accord aux sceptiques de tous bords, poursuit Ali Vaez. A court terme, le compromis passé entre Téhéran et Washington va avoir des effets déstabilisateurs en Iran et dans la région du Proche-Orient en créant de l’incertitude. Mais si l’accord est bien expliqué et accompagné d’un dialogue, il devrait permettre d’isoler le camp des durs.» Les prochaines élections en Iran se tiendront en février 2016. On saura alors si Hassan Rohani, et le camp réformateur avec lui, a gagné son pari.

Concrètement, l’Iran va réduire ces prochains mois son programme nucléaire de manière significative: le nombre de centrifugeuses permettant d’enrichir l’uranium sera divisé par trois (6104) et le niveau d’enrichissement sera limité à 3,6% durant quinze ans, alors que ses stocks d’uranium faiblement enrichi passeront de 10 000 à 300 kilos. Téhéran ouvrira l’ensemble de sa filière nucléaire aux inspecteurs de l’AIEA ainsi que ses sites militaires en cas de soupçon.

En contrepartie, les sanctions visant l’Iran seront levées graduellement. L’ONU devrait passer la semaine prochaine une résolution permettant de le faire dès la mise en œuvre de l’accord par Téhéran. Il en ira de même pour les sanctions américaines et européennes. Les sanctions de l’ONU visant le commerce des armes vont par contre rester en vigueur durant cinq ans. En cas d’infraction iranienne, une clause permet de réintroduire aussitôt l’ensemble de ces punitions.

La Suisse a salué mardi un accord «qui démontre que les différends internationaux majeurs peuvent être réglés de manière pacifique par la voie diplomatique». Berne peut se féliciter d’avoir contribué à l’accouchement de ce texte en accueillant à maintes reprises, à Genève ou à Lausanne, l’ensemble des négociateurs. La Suisse représente depuis 1980 les intérêts américains à Téhéran. Pour combien de temps encore?

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