Un temps célébrée comme une héroïne en Afrique du Sud, Winnie Madikizela-Mandela, l’ex-femme de Nelson Mandela, a vu son étoile pâlir dans les années 1990, après les révélations sur son implication dans un meurtre, son divorce et des soupçons de corruption qui lui collaient à la peau. Mais l’ancienne icône anti-apartheid n’a jamais vraiment cessé d’être populaire, en Afrique comme à l’étranger.

Un film, un livre

Son ex-mari, 95 ans, est mourant, hospitalisé pour une infection pulmonaire depuis juin. Depuis, Winnie Mandela revient sur la scène médiatique sous son jour le plus favorable. En automne, sa vie se déclinera à l’écran dans un film: Winnie. Elle donne régulièrement des nouvelles de l’état de santé de Nelson Mandela aux médias. «Je suis celle qui le connaît le mieux», affirme-t-elle.

Les deux figures sont unies par leur histoire commune de lutte contre le régime raciste aboli en 1991. Et alors que l’Afrique du Sud s’apprêtait à fêter vendredi le 50e anniversaire de la marche des femmes anti-apartheid sur Pretoria, conduite par Winnie Mandela le 9 août 1956, elle annonçait, à 77 ans, la sortie de son livre.

L’ouvrage intitulé 491 jours: prisonnière numéro 1323/69, est tiré du journal qu’elle a tenu en secret pendant ses 16 mois d’emprisonnement, du 12 mai 1969 au 14 septembre 1970. Arrêtée sous le Terrorism Act, elle est accusée, avec 22 codétenus, d’avoir participé aux activités du Congrès national africain (ANC), parti créé pour défendre les intérêts de la majorité noire contre la minorité blanche au pouvoir.

A sa sortie de prison, Winnie Mandela avait confié ses carnets à son avocat puis oublié leur existence. Jusqu’à ce que, quarante et un ans plus tard, en 2011, la veuve de son ancien défenseur ne lui remette un tas de pages manuscrites. Elle y décrit son quotidien de détenue, «la plus sombre période de sa vie». L’attente d’un jugement, les jours sans fin, les cris des prisonniers torturés dans la pièce attenante. «Quand ils sont fouettés avec des cannes, parfois des tuyaux d’arrosage, c’est comme si ta propre chair se déchirait sans merci […] les cris hystériques transpercent mon cœur et heurtent ma dignité.»

«Au sommet du monde»

A côté des extraits de son journal, Winnie Mandela publie ses échanges épistolaires avec Nelson Mandela. Les lettres qu’il lui écrivait, ainsi qu’à ses deux filles, Zenani, née en 1959, et Zindziswa, en 1960. Winnie épouse le leader de la lutte anti-apartheid en 1958, à l’âge de 24 ans. Quatre ans plus tard, en 1962, il est emprisonné pour ses activités politiques, accusé de trahison et de sabotage. Le couple vivra séparé pendant vingt-sept de leurs trente-huit années de mariage.

Mais tous les deux placent leur lutte politique au-dessus de tout. Le 23 juin 1969, Nelson Mandela écrit à sa femme depuis sa cellule: «L’un de mes biens les plus précieux ici est la première lettre que tu m’as écrite le 20 décembre 1962 […] je l’ai lue et relue pendant les six ans et demi qui se sont écoulés, et les sentiments qu’elle me procure sont toujours intacts […] en lisant ces mots, je me sens au sommet du monde.»

Dans cette toute première lettre, dont Nelson Mandela tirait sa force, Winnie écrivait: «La plupart des gens ne comprennent pas que ta présence physique ne signifie rien si les idéaux auxquels tu as consacré ta vie n’étaient pas réalisés. Vivre dans l’espoir est la chose la plus magnifique. Nos courtes vies, mon amour, ont toujours été pleines d’attente… en ces temps mouvementés et violents, mon amour pour toi a grandi plus que jamais… rien n’a autant de valeur que de participer à la formation de l’histoire d’un pays.»

Au fil des ans, le discours de Winnie Mandela se radicalise et s’éloigne de la résistance non violente prônée par son mari. Les divergences politiques auront raison du couple, qui se sépare en 1992, deux ans après la sortie de prison de Nelson Mandela .