Turquie

Le journaliste germano-turc Deniz Yücel libre après un an en détention

Le journaliste germano-turc Deniz Yücel, dont l’incarcération pendant plus d’un an en Turquie pour «terrorisme» avait tendu les rapports avec l’Allemagne, a quitté vendredi Istanbul par avion, pour une destination non précisée dans l’immédiat

Il était détenu pour «terrorisme» depuis plus d’un an, et ce dénouement pourrait mener Ankara et Berlin sur la voie de la réconciliation après plusieurs mois de vives tensions. L’air fatigué, mais souriant, après avoir été libéré le même jour, Deniz Yücel, 44 ans, avait regagné en fin d’après-midi, en compagnie de son épouse, son domicile situé sur la rive européenne d’Istanbul.

Journée haletante

Sa sortie de prison est survenue au terme d’une journée haletante: peu avant, un tribunal d’Istanbul avait accepté un acte d’accusation réclamant jusqu’à 18 ans de prison contre M. Yücel, puis ordonné dans la foulée sa remise en liberté.

La chancelière allemande Angela Merkel a salué vendredi la libération de ce journaliste du quotidien Die Welt: «Je me réjouis comme beaucoup d’autres qu’il ait pu quitter la prison aujourd’hui», a-t-elle dit lors d’une conférence de presse à Berlin. «Je me réjouis […] pour Deniz Yücel et sa famille», a également indiqué le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, qui a été au centre des tractations politiques avec Ankara sur ce dossier ces derniers mois.

Gestes d’apaisement

L’incarcération de M. Yücel a empoisonné pendant de longs mois les relations déjà compliquées entre Ankara et Berlin, deux partenaires historiques au sein de l’Otan, étroitement liés par la présence de trois millions de Turcs en Allemagne. Sa libération survient au moment où Ankara a multiplié les gestes d’apaisement ces dernières semaines en libérant notamment plusieurs ressortissants allemands.

«Il semblerait que certains problèmes qui sont survenus dans les relations entre l’Allemagne et la Turquie ont aujourd’hui été résolus», a déclaré vendredi le Premier ministre turc Binali Yildirim, sans toutefois mentionner explicitement l’affaire Yücel.

Acte d’accusation officialisé

Le bureau du procureur général d’Istanbul a officialisé vendredi, en parallèle à la remise en liberté, son acte d’accusation à l’encontre du journaliste. Il réclame entre quatre et 18 ans de prison contre M. Yücel, accusé de «propagande pour le compte d’une organisation terroriste» et d'«incitation à la haine».

En décembre, la journaliste et traductrice allemande Mesale Tolu avait, elle, été remise en liberté après huit mois passés en prison, une mesure assortie néanmoins d’une interdiction de sortie du territoire.

L’annonce de la libération de Denis Yücel est intervenue au lendemain d’un entretien à Berlin entre Mme Merkel et M. Yildirim, au cours duquel la chancelière allemande avait accru la pression sur ce dossier. «J’ai souligné pour la énième fois le caractère urgent de ce cas» qui a «terni nos relations et continue à le faire», avait dit Angela Merkel.

Arrêté en février 2017

Le journaliste avait été arrêté en février 2017 dans le cadre des purges en Turquie qui ont suivi le putsch manqué contre le président Recep Tayyip Erdogan en juillet 2016. Sa remise en liberté, après celle d’autres journalistes militants des droits de l’homme germano-turcs ou allemands devrait contribuer à détendre les relations entre les deux pays. Elles ont connu une phase de brouille inédite pendant un an et demi, liée principalement aux critiques de Berlin liées à la situation des droits de l’homme en Turquie.

Peu après l’annonce de la libération de M. Yücel, un autre tribunal turc a condamné à la prison à vie trois journalistes turcs de renom, les frères Ahmet et Mehmet Altan et Nazli Ilicak, accusés de liens avec le putsch avorté en 2016.

Les tensions ont atteint leur pic l’an dernier lorsque le chef de l’Etat turc Recep Tayyip Erdogan est allé jusqu’à accuser les dirigeants allemands de pratiques dignes du «nazisme».

Interrogations autour d’une possible «monnaie d’échange»

Les médias allemands se sont interrogés sur l’existence d’une possible «monnaie d’échange» payée par Berlin pour des remises en liberté de ses ressortissants ou binationaux sous forme de livraisons d’armes à la Turquie.

«Je peux exclure qu’il y ait eu un quelconque "deal"» à propos du journaliste de Die Welt, a assuré vendredi un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Rainer Breul.

Les relations devraient toutefois mettre du temps avant de retourner au beau fixe. Outre M. Yücel, il y a «d’autres cas de personnes […] qui se trouvent dans des prisons turques», a souligné Mme Merkel vendredi, ajoutant espérer un «traitement rapide» de ces dossiers.

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