La journaliste philippine Maria Ressa, jugée pour diffamation dans une affaire où elle risque des années de prison, a été déclarée coupable lundi par un tribunal de Manille. L'ex-journaliste de CNN risque jusqu'à six ans de détention. On ignore combien de temps elle devra purger si la condamnation devient définitive. La journaliste a été laissée libre dans l'attente de l'examen de son appel.

Les organisations de défense de la liberté de la presse considèrent que la procédure contre la cofondatrice du site d'information en ligne Rappler vise en fait à réduire au silence les critiques contre la politique du président philippin Rodrigo Duterte. Son site a souvent jeté un regard sans concession sur la sanglante répression du trafic de drogue voulue par le président et qui a fait des milliers de morts.

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A l'annonce du verdict, Maria Ressa a déclaré qu'elle continuerait à se battre pour la liberté de la presse. La condamnation «n'est pas inattendue, mais en même temps je pense que nous allons continuer le combat», a-t-elle dit aux journalistes présents après le verdict. «Nous allons continuer à résister à toutes les attaques contre la liberté de la presse.»

Plusieurs poursuites pénales à son encontre

Le procès pour diffamation fait suite à une plainte déposée en 2012 par un homme d'affaires, après un article de Rappler portant sur ses liens supposés avec un magistrat de la Cour suprême de l'archipel.

La plainte déposée par l'homme d'affaires avait initialement été rejetée en 2017 mais le dossier avait ensuite été transmis au parquet qui avait décidé de la poursuivre elle et l'ancien journaliste Reynaldo Santos qui avait écrit l'article. Ce dernier a également été déclaré coupable lundi et est demeuré libre sous caution.

Les poursuites résultent d'une loi controversée sur la cybercriminalité, réprimant la diffamation en ligne mais aussi le harcèlement ou la pédopornographie. Cette loi était entrée en vigueur en septembre 2012, soit après la parution de l'article incriminé. Mais le parquet avait argué que la correction d'une coquille typographique en 2014 - Rappler avait remplacé le mot «evation» par «evasion» - faisait que l'article tombait désormais sous le coup de la loi.

Le gouvernement de Rodrigo Duterte a rejeté les accusations selon lesquelles cette affaire était politique, en affirmant que les autorités veillaient à l'application de la loi, y compris contre les journalistes.

La liberté de presse en danger

La journaliste Maria Ressa, ainsi que Rappler, font l'objet d'autres poursuites pénales, notamment sur la manière dont le site a recueilli des fonds. L'ensemble de ces attaques a attiré l'attention de la communauté internationale. Maria Ressa est ainsi devenue l'une des figures d'opposition aux gouvernements autoritaires les plus célèbres de la planète.

Amnesty International a ainsi affirmé que les «attaques» contre Rappler s'inscrivaient dans une campagne contre la liberté de la presse aux Philippines.

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Le verdict survient un mois après l'arrêt de la diffusion des chaînes d'ABS-CBN, principal groupe de médias philippin, après que le gouvernement ait contre toute attente pris un décret ordonnant leur fermeture en raison des difficultés des discussions relatives au renouvellement de sa licence.

Cela faisait des années que Rodrigo Duterte menaçait de fermer ABS-CBN, un groupe qui, à l'instar de Rappler, a largement couvert la «guerre contre la drogue» du président, qui a encouragé des policiers à tuer les trafiquants de drogue et toxicomanes présumés.