Dès 20h30, nous réussissions à le joindre à l’hôtel où lui et les trois membres de l’équipe de France 24 avec lesquels il avait partagé son sort les 24 dernières heures, s’étaient mis à l’abri: «Je suis au bord de l’épuisement. Et j’ai faim. Reparlons dès que j’aurai pu manger.»

«Des nouvelles de Serge?» Toute la journée de jeudi à la rédaction du Soir, la question, lancinante, était posée par les collègues de Serge Dumont à ceux qui coordonnaient minute par minute les efforts pour tenter de localiser et faire libérer notre journaliste: depuis mercredi midi, en effet, il était détenu, par ce qui semblait être des représentants de la police ou de l’armée.

Mis en alerte, les représentants diplomatiques de la Belgique au Caire avaient entamé des démarches auprès des autorités égyptiennes afin d’obtenir des informations sur la santé et le lieu de détention de Serge Dumont. Sans aucun succès pourtant.

C’est que depuis mercredi et la contre-offensive de partisans du président Hosni Moubarak, le chaos semble s’être installé non seulement dans la rue, mais aussi dans les chaînes de commandement des forces de l’ordre et de l’administration égyptiennes.

Vers 14 heures, heure belge, une lueur d’espoir: nous apprenons que Serge Dumont a brièvement appelé une personne très proche pour lui signaler qu’il avait été relâché, mais qu’il faisait face à un nouveau contrôle, d’où il risquait d’être à nouveau emmené.

L’hypothèse se confirmait peu après. Nous apprenions par la chaîne de télévision France 24, dont une équipe de trois personnes avait été également arrêtée la nuit de mercredi à jeudi, qu’ils étaient avec Serge Dumont, et que tout ce petit groupe avait à nouveau été emmené auprès d’une entité militaire mal identifiée. Dans le courant de l’après-midi, des informations confuses voire contradictoires nous parvenaient, indiquant que Serge et ses compagnons d’infortune étaient transférés… on ne savait finalement pas où. Quelques brefs contacts avaient pu s’établir téléphoniquement entre l’équipe de France 24 et leur centrale à Paris, de même que Serge Dumont l’avait fait avec une consœur suisse qui l’avait accompagné, la veille, dans le quartier de Choubra où il avait été arrêté. Nous ne réussissions pourtant pas à joindre Serge sur son portable, qui restait muet. Et en début de soirée, une info sinistre nous parvenait de nos collègues de France 24: «Pour info l’ambassade de France nous a informés que l’on avait perdu le contact avec eux. J’ai eu un dernier sms de l’équipe vers 17h30. Ils étaient avec la police militaire vers la rue A.T. devant un immeuble des services de sûreté.» TH > Depuis tous leurs portables sont coupés.»

À la lueur des informations sur la vague d’actes d’intimidation, de violence et d’arrestations à l’égard de journalistes étrangers au Caire, cette nouvelle plongée dans l’ignorance quant au sort de Serge Dumont prenait une coloration particulièrement inquiétante…

Mais peu de temps après, vers 20h15, l’information nous parvenait de la rédaction de France 24: Serge Dumont et les trois de F24 étaient libres, en sécurité, et à l’abri dans un hôtel. Et quelques minutes plus tard, nous avions déjà Serge au téléphone…