Le président vénézuélien Nicolas Maduro a pour l’heure réussi son pari: ses partisans doivent élire dimanche une Assemblée constituante sans opposition, en dépit des manifestations. Les bureaux de vote sont ouverts à midi (heure suisse) dans un climat tendu.

Les 545 membres de cette assemblée seront dotés d’un super-pouvoir qui va diriger le pays pour un temps indéterminé. «Nous sommes à la veille d’une grande victoire électorale. Ils n’ont pu empêcher la Constituante. C’est déjà une réalité politique», a lancé Nicolas Maduro samedi lors d’un meeting.

Contre vents et marées, le président a mené son projet à bon port: un atout qu’il a sorti de sa manche au milieu des manifestations qui, depuis quatre mois, réclament son départ du pouvoir.

Morts par balles, lynchages, vandalisme, immeubles et camions incendiés, villes quasi paralysées par des nuages de gaz lacrymogènes, jets de pierres et cocktails Molotov ont aggravé la crise dans ce pays polarisé et au bord de l’effondrement économique.

Après avoir échoué à arrêter ce projet par ses manifestations, grèves, barrages, l’opposition a appelé à un rassemblement massif dimanche à Caracas et à dresser des barricades dans tout le pays. En réponse, le gouvernement menace d’emprisonner ceux qui feraient obstacle au scrutin.

Désapprouvé par une majorité

«Il en restera que cette fraude constitutionnelle et électorale est la plus grave erreur historique qu’ait pu commettre Maduro», a affirmé le député Freddy Guevara, au nom de la coalition Table de l’unité démocratique (MUD), principale force d’opposition.

Lire aussi: Au Venezuela, l’opposition appelle à intensifier les manifestations jusqu’à dimanche

La MUD rejette la Constituante, arguant qu’elle n’a pas été convoquée par un référendum préalable et que le mode de scrutin a été organisé de manière à ce que le gouvernement la contrôle et rédige une Constitution instaurant une dictature communiste.

Nicolas Maduro et sa Constituante ont le soutien des pouvoirs judiciaire, électoral et militaire. Mais plus de 80% des Vénézuéliens désapprouvent sa gestion du pays et 72% son projet, selon un institut de sondages.

Le président juge néanmoins cette Constituante nécessaire pour freiner la violence et sauver l’économie d’un pays qui, en dépit de sa richesse pétrolière, est confronté à une grave pénurie d’aliments et de médicaments.

Bureaux de vote attaqués

Le Conseil national électoral (CNE) a indiqué que tout était prêt et que les militaires allaient garantir le bon déroulement du scrutin. Arguant de «menaces de l’opposition», il a permis aux électeurs de voter dans n’importe quel bureau de leur commune.

Samedi, la responsable du pouvoir électoral a indiqué que la quasi-totalité des bureaux de vote avaient été installés. Elle a toutefois indiqué que des machines de vote avaient déjà été «attaquées et brûlées» dans certaines villes.