■ Moussavi pressé de renoncer à ses exigences

Le chef de la contestation en Iran Mir Hossein Moussavi s’est dit jeudi la cible de pressions du pouvoir pour renoncer à sa demande d’annulation de la présidentielle remportée par Mahmoud Ahmadinejad. Mais il a réitéré son appel à poursuivre les manifestations dans le calme.

■ Des députés boudent une réception d’Ahmadinejad

Ce sont des signes que les Persans, passés maîtres dans les luttes de pouvoir et des manoeuvres de l’ombre, ne pouvaient pas manquer: une centaine de députés manquaient à l’appel de la réception que Mahmoud Ahmadinejad a donnée pour sa réélection hier soir mercredi, selon le quotiden réformateur Etemad Melli. Les membres notamment de la présidence du parlement, dirigée par le conservateur Ali Larijani, n’étaient pas présents au complexe présidentiel. dans le centre de Téhéran où avait lieu la cérémonie.

Ali Larijani, pourtant un fidèle du guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei, avait déclaré lundi qu’une «grande partie des gens ont perçu le résultat de l’élection comme étant différent du résultat annoncé officiellement». La contestation de la régularité de la réélection de M. Ahmadinejad est un sujet tabou chez les responsables conservateurs, qui observent la consigne d’unité donnée par le guide suprême.

Selon Etemad Melli, même si M. Ahmadinejad remplit son nouveau mandat de quatre ans, «ses ministres auront beaucoup de difficultés à obtenir un vote de confiance» de la majorité parlementaire.

Mir Hossein Moussavi ne cèdera pas

Les menaces ne m’empêcheront pas d’obtenir les droits des Iraniens, a déclaré le principal rival du président Ahmadinejad sur son site internet ce jeudi, je ne me retiendrai pas d’obtenir des droits pour le peuple iranien (...) à cause d’intérêts personnels ou la peur des menaces».

Le président iranien s’en prend aux Occidentaux

«J’espère que vous (M. Obama) éviterez de vous ingérer dans les affaires de l’Iran et exprimerez des regrets de manière à ce que le peuple iranien en soit informé», a dit ce jeudi Mahmoud Ahmadinejad cité par l’agence semi-officielle Fars, selon qui le président iranien rapproche le langage utilisé par M. Obama de celui de son précédecesseur George W. Bush. «Utiliserez-vous ce langage avec l’Iran (dans toute discussion future)? Si tel est le cas, il n’y aura plus rien à discuter. Pensez-vous que ce comportement règlerait le problème pour vous? Cela aurait comme seul résultat que le peuple vous considèrerait comme quelqu’un de semblable à Bush», a-t-il dit.

M. Ahmadinejad a par ailleurs lancé une nouvelle charge contre certains dirigeants européens, qui ont eux aussi sévèrement critiqué la répression des manifestants. «Ces derniers jours la Grande-Bretagne et quelques pays européens ont fait des choses, mais ce n’est pas important», a dit le président iranien, ajoutant que «les gouvernements de la Grande-Bretagne et de ces pays européens sont dirigés par une bande d’attardés politiques».

Moussavi se dit sous pression

«De récentes pressions visent à me faire renoncer à ma demande d’annulation de l’élection», a déclaré ce matin Mir Hossein Moussavi, arrivé deuxième derrière M. Ahmadinejad, sur son site Kalemeh sabz.

Le 23 juin, son bureau de campagne a fait état dans un rapport de fraudes et d’irrégularités présumées commises lors du scrutin, réclamant la création d’une «commission vérité» pour réexaminer le processus électoral. Le Conseil des gardiens a exclu l’annulation du scrutin, autorisant un recompte partiel.

Avertissement et encouragements de l’ayatollah Montazeri

Le grand ayatollah iranien dissident Hossein Ali Montazeri a averti jeudi que si la répression des manifestations pacifiques se poursuivait en Iran, elle pouvait faire tomber le gouvernement.«Si le peuple iranien ne peut pas revendiquer ses droits légitimes dans des manifestations pacifiques et est réprimé, la montée de la frustration pourrait éventuellement détruire les fondations de n’importe quel gouvernement, aussi fort soit-il», a dit le grand ayatollah dans son communiqué.

M. Montazeri, dont le rang est le plus élevé dans le clergé chiite iranien, appelle par ailleurs ses compatriotes qui contestent la légitimité de la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad, à poursuivre leur mouvement.

Karroubi reporte la cérémonie de deuil

Un des trois concurrents du président Ahmadinejad à l’élection présidentielle du 12 juin, Mehdi Karroubi, a annulé la cérémonie prévue jeudi à la mémoire des manifestants morts au cours des journées de protestation contre les résultats officiles du scrutin, selon le site web de son parti.

Les rassemblements sont interdits depuis la proclamation des résultats de la présidentielle controversée du 12 juin et, selon le site du parti Etemad Melli, il a été impossible à M. Karroubi de trouver un lieu pour le rassemblement auquel il avait appelé. «Il est très regrettable que dans cette situation, on ne donne pas un endroit à des dirigeants politiques tels que Karroubi pour une cérémonie de deuil, pas même une mosquée ou la tombe de l’imam», a-t-il dit en référence au mausolée à la mémoire du fondateur de la République islamiste, l’ayatollah Ruhollah Khomeini.

Selon son site, l’ex-président réformateur du Parlement prévoit d’organiser la cérémonie la semaine prochaine, à l’université de Téhéran ou au cimetière de la ville, Behesht-e Zahra. C’est notamment par l’organisation de journées de deuil collectif que l’agitation avait continué en 1978-79, jusqu’au départ du Shah.

Agitation hier soir à Téhéran

Même si les médias occidentaux ne peuvent toujours pas couvrir ce qui se passe à Téhéran, plusieurs témoignages recueillis par la BBC, sur Twitter et de source indépendante font état de heurts qui se seraient produits avec la police hier soir dans le sud de Téhéran, la partie plus pauvre de la mégalopole. D’autre part, quelques centaines de personnes ont été chassées par la police dans les petites rues aux alentours après une tentative de rassemblement près du Parlement.

Selon Reporters sans frontières qui organisait hier soir à Paris une réunion en présence de Roxana Saberi, la journaliste irano-américaine libérée mi-mai, il y a actuellement au moins 33 journalistes emprisonnés en Iran, plus que dans toute la Chine.