Venezuela

Juan Guaido appelle à la grève générale

De nouvelles échauffourées ont opposé à Caracas partisans de Juan Guaido aux forces de l'ordre. Nicolas Maduro a promis de châtier les «traîtres» responsables du soulèvement militaire raté de mardi

L'opposant vénézuélien Juan Guaido a appelé mercredi à une grève générale et à une poursuite des manifestations au Venezuela. Le président Nicolas Maduro a, lui, promis de châtier les «traîtres» responsables du soulèvement militaire raté de mardi.

De nouvelles échauffourées ont opposé à Caracas partisans de Juan Guaido aux forces de l'ordre, faisant au moins un mort, une femme de 27 ans tuée par balle, et 46 blessés, selon des ONG proche de l'opposition. La veille, des affrontements avaient déjà fait au moins un mort et des dizaines de blessés.

Jets de pavés et cocktails Molotov, barricades incendiées: près de la base militaire aérienne de La Carlota, d'où Juan Guaido avait assuré mardi avoir le soutien d'un groupe de soldats, des dizaines de protestataires au visage couvert ont fait face mercredi aux forces de l'ordre, qui ont riposté par des tirs de gaz lacrymogène.

La persévérance de Juan Guaido

Après plusieurs heures d'affrontements, une trentaine de protestataires ont mis le feu à une camionnette et l'ont lancée contre les grilles de la base, selon des journalistes de l'Agence France-Presse (AFP) sur place. Un manifestant a tiré en direction des militaires et ces derniers ont riposté de plusieurs rafales.

Si les habitants de Caracas sont sortis en masse en soutien à Juan Guaido, ce dernier ne semble pas avoir réussi son pari de faire de cette journée du 1er mai la «plus grande manifestation de l'histoire du Venezuela».

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«Demain, nous allons accompagner la proposition de grève tournante pour arriver à la grève générale», a déclaré devant des milliers de partisans l'opposant de 35 ans, reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays dont les Etats-Unis. «On va continuer dans la rue jusqu'à obtenir la liberté», a assuré Juan Guaido.

La veille, il avait appelé l'armée à se soulever contre le pouvoir. Mais cette tentative d'insurrection s'est dégonflée au fur et à mesure que les principaux chefs militaires réaffirmaient leur soutien au président socialiste Nicolas Maduro.

Une tentative ratée d'insurrection la veille

Devant plusieurs milliers de ses partisans rassemblés pour la fête du travail devant le palais présidentiel de Miraflores, Nicolas Maduro a averti qu'il n'aurait «aucune hésitation» à «mettre derrière les barreaux les responsables de ce coup d'Etat criminel», orchestré selon lui par John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale du président américain Donald Trump. «Hier [mardi, ndlr], une poignée de traîtres happés par la droite putschiste a voulu s'imposer (...) Ils ont fui d'ambassade en ambassade. La justice les recherche et, bientôt, ils iront en prison pour payer leur trahison et leurs délits», a affirmé le chef de l'Etat.

Mardi, après l'échec du soulèvement, un groupe d'insurgés avait demandé l'asile à l'ambassade du Brésil. Une des figures de l'opposition, Leopoldo Lopez, qui était assigné à résidence depuis 2017 et était apparu aux côtés de Juan Guaido et des militaires insurgés, s'était pour sa part réfugié dans l'ambassade du Chili, puis dans celle d'Espagne.

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A Washington, le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a prévenu qu'«une intervention militaire [était, ndlr] possible. Si c'est nécessaire, c'est ce que feront les Etats-Unis». Lors d'un entretien téléphonique mercredi avec son homologue russe Sergueï Lavrov, Mike Pompeo a accusé Moscou de «déstabiliser» le Venezuela et a, à nouveau, demandé à la Russie de cesser de soutenir Nicolas Maduro.

Depuis le 23 janvier, le Venezuela, confronté à la plus grave crise de son histoire avec une économie au ralenti, une monnaie naufragée et des pénuries, compte de fait deux «présidents». «Pour les Etats-Unis, la politique [américaine] au Venezuela est très risquée. Il n'y a aucune garantie de succès, à court ou moyen terme. La plupart des décisions semblent guidées par des idées fausses plutôt que par une stratégie», a estimé Michael Shifter du centre de réflexion Inter-American Dialogue, basé à Washington, en qualifiant le geste de mardi de Juan Guaido d'«audacieux».

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