Venezuela

Juan Guaido va-t-il être reconnu par les Européens?

C'est ce dimanche soir qu'expire l’ultimatum donné par six pays de l’UE pour convoquer une élection présidentielle. Le président Nicolas Maduro ne propose toujours que des législatives anticipées - «une farce» pour la France

Ultimatum européen
Six pays européens (Allemagne, Espagne, France, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni) ont donné jusqu'à dimanche à Nicolas Maduro pour convoquer une nouvelle élection présidentielle, faute de quoi ils reconnaîtraient son opposant Juan Guaido comme président.

Soutenu par la Russie, la Chine, la Corée du Nord, la Turquie ou encore Cuba, M. Maduro, 56 ans, rejette l’ultimatum européen et accuse les Etats-Unis d’orchestrer un coup d’Etat.

Evoquant l’ultimatum lancé par les Européens, la chaîne de télévision vénézuélienne teleSUR déplorait sur son site internet samedi «la position interventionniste adoptée tant par le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, que par l’Union européenne».

Paris dénonce «une farce»
La ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau a qualifié dimanche midi de «farce» la proposition du président vénézuélien Nicolas Maduro d'organiser des législatives anticipées, et exigé qu'il s'engage à organiser un scrutin présidentiel faute de quoi Paris reconnaîtra son rival, Juan Guaido, comme chef de l'Etat par interim.

«L'ultimatum se termine ce soir. Si, d'ici ce soir, M. Maduro ne s'engage pas à organiser des élections présidentielles, nous considèrerons que M. Guaido est légitime pour les organiser à sa place et nous le considèrerons comme le président par interim jusqu'à des élections légitimes», a-t-elle déclaré durant l'émission politique Le Grand Jury organisée conjointement par les médias français RTL, LCI et Le Figaro.

«L'élection de M. Maduro en mai dernier c'était une farce, c'était une fiction d'élection», a-t-elle affirmé.

«Ce que répond jusqu'à présent M. Maduro, c'est +je vais organiser des élections législatives+, sous-entendu +je veux me débarrasser du président du Parlement, Mr Guaido+ qui est justement soutenu par les manifestants. Là encore cette réponse est une farce, une farce tragique».

Maduro persiste
Le chef de l'Etat vénézuélien s'est à nouveau dit samedi, lors d'un rassemblement de ses partisans à Caracas, favorable à la tenue d'élections législatives anticipées dans le courant de l'année, alors que le Parlement, contrôlé par l'opposition, a été dépouillé de l'essentiel de ses pouvoirs au profit d'une Assemblée constituante acquise à Nicolas Maduro.

Relire: Faut-il reconnaître Juan Guaido à la tête du Venezuela?

Nicolas Maduro n’est pas reconnu par une partie de la communauté internationale, et l’opposant Juan Guaido, est soutenu par les Etats-Unis, la plupart des Etats latino-américains et certains pays européens.

Jeudi, le Parlement européen a reconnu l’autorité de M. Guaido et a appelé l’ensemble des pays de l’Union européenne de faire de même.

Des centres de stockage
Juan Guaido, qui s’est proclamé président, doit de son côté préciser à quelle date arrivera l’aide humanitaire pour aider la population, annoncée samedi lors d’un rassemblement géant de ses partisans pour exiger le départ de Nicolas Maduro.

Des centres de stockage doivent être implantés de l’autre côté de la frontière, en Colombie et au Brésil, et sur une «île des Caraïbes». Les Etats-Unis ont indiqué qu’ils transporteraient cette aide à la demande de Juan Guaido.

Sur son compte Twitter, le président colombien Ivan Duque a annoncé l’ouverture dans son pays de trois centres de collecte d’aide humanitaire, dont des médicaments et des aliments, pour le Venezuela.

«Nous n’avons pas été et ne serons pas un pays de mendiants», a rétorqué Nicolas Maduro. En revanche, «il y a en a certains qui se sentent mendiants de l’impérialisme et vendent leur patrie pour 20 millions de dollars», a-t-il poursuivi en référence au montant de l’aide humanitaire promise par les Etats-Unis à Juan Guaido, mais qui ne peut pas être acheminée sans l’accord des autorités et de l’armée vénézuéliennes.

L'opposition dans la rue
Depuis une estrade devant la représentation de l'Union européenne à Caracas, le chef de l'opposition a prédit un mois de février «déterminant» pour chasser du pouvoir Nicolas Maduro.

«Nous allons continuer dans la rue jusqu'à ce que nous soyons libres, jusqu'à la fin de l'usurpation», a déclaré, la voix enrouée, Juan Guaido, 35 ans. «Oui, c'est possible!», lui répondait la foule.

Il a appelé ses partisans à ne pas relâcher la pression, lors d'une nouvelle manifestation le 12 février, Jour de la jeunesse au Venezuela.

Nicolas Maduro veut plus de soldats...
Réapparu en public pour la première fois depuis six mois, Nicolas Maduro a lui aussi rassemblé samedi des milliers de ses partisans à Caracas et relancé l’idée d’élections législatives anticipées, pour remplacer un Parlement où l’opposition est majoritaire.

Il a aussi annoncé devant ses partisans une augmentation du nombre de soldats, en appelant les miliciens, un corps composé de civils, à rejoindre l’armée pour faire face à ce qu’il a qualifié de «plan macabre» des Etats-Unis.

Et dissoudre le parlement
Il s’est aussi à nouveau dit favorable à la tenue d’élections législatives anticipées dans le courant de l’année, alors que le Parlement est justement la seule institution contrôlée par l’opposition.

Le mandat actuel des députés, élus fin 2015, court de janvier 2016 à janvier 2021. Et les prochaines législatives doivent normalement avoir lieu fin 2020.

Une situation tendue qui a déjà fait une quarantaine de morts
Depuis le début des mobilisations le 21 janvier, une quarantaine de personnes ont été tuées et plus de 850 arrêtées, selon l’ONU. D

Ce samedi, des deux côtés, les photos prises par l’AFP montraient des rues et des avenues noires de monde. Aucun chiffre fiable ne circule après les manifestations au Venezuela.

Défections
Un premier ambassadeur vénézuélien a rallié M. Guaido. En poste en Irak, Jonathan Velasco a déclaré dans un message vidéo que l’Assemblée nationale était «le seul pouvoir légitime». Un général aussi a rejoint le camp de Juan Guaid

Lire: Défection d'un général à Caracas, où des dizaines de milliers d'opposants reprennent la rue

Etat pétrolier, autrefois pays le plus riche d’Amérique latine, le Venezuela a sombré économiquement. Ses habitants souffrent de graves pénuries de nourriture et de médicaments, ainsi que d’une inflation galopante (10.000.000% en 2019, selon le FMI). Depuis 2015, quelque 2,3 millions de Vénézuéliens ont quitté le pays, pour une population de 31 millions d’habitants.

Publicité