C’est officiel: Fabrice Burgaud a fauté. Plus de trois ans après l’acquittement de 13 accusés dans l’affaire d’Outreau, le juge d’instruction chargé de ce dossier de pédophilie a été sanctionné vendredi par le Conseil supérieur de la magistrature. Mais cet organe disciplinaire lui a infligé une simple «réprimande», sanction bien inférieure à la suspension d’un an qu’avait demandée le ministère de la Justice.

Cette décision marque l’épilogue d’un scandale qui a ébranlé la justice française jusque dans ses tréfonds. Avec des conséquences politiques lourdes: le poste de juge d’instruction, théoriquement impartial, va être aboli – les enquêtes seront désormais conduites directement par les procureurs – et Nicolas Sarkozy vient d’annoncer une loi sur la «responsabilité des magistrats», pour que des fiascos comme celui d’Outreau ne restent pas «sans réponse».

Car Outreau est autant l’échec d’un système que celui d’un homme. Bien sûr, Fabrice Burgaud était trop jeune, trop sûr de lui, trop imbu de l’importance de sa fonction et du prestige qu’il attachait à son statut. Fraîchement émoulu de l’école de magistrature, cet élève moyen mais appliqué a suivi aveuglément ce que lui disait son dossier – sans porter ce regard plus large, qui lui aurait permis de comprendre que les témoignages sur lesquels il s’appuyait pour jeter des gens en prison étaient faux.

Mais jamais, avant les acquittements, la hiérarchie judiciaire n’a remarqué ces défaillances. Bien au contraire, Fabrice Burgaud était estimé de ses collègues. Après son premier poste à Boulogne-sur-Mer, dans le Nord, il a été promu au sein de la prestigieuse et très sensible unité antiterroriste. Même après le scandale, certains de ses collègues n’ont eu pour lui que des éloges: «excellent magistrat», «atout majeur», juge «respectueux d’autrui»…

Pour beaucoup de Français, ces louanges, et la punition très douce qui lui a été infligée, montrent simplement la difficulté de leur justice à se remettre en question.