«Allégations infondées, contrôle éditorial déficient, vérifications absentes, direction et gouverneurs fautifs», les oreilles des responsables de la BBC ont sonné plus fort que Big Ben, mercredi après-midi, pendant la lecture par le juge Brian Hutton des conclusions de son rapport sur les circonstances ayant conduit l'expert gouvernemental David Kelly au suicide.

Tandis que la vénérable corporation, dont le président a démissionné, fait face à la plus grave remise en cause de son objectivité depuis cinquante ans, l'ensemble de l'appareil officiel, des services secrets au premier ministre, en passant par le Ministère de la défense, est largement exonéré de toute conduite répréhensible dans une affaire qui a empoisonné la vie publique britannique depuis huit mois. Tony Blair espère désormais restaurer son capital confiance et lever, au moins partiellement, l'hypothèque irakienne qui pèse sur son leadership.

De tous les scénarios envisagés, personne n'avait imaginé condamnation aussi explicite et unilatérale de la BBC dans le rapport Hutton. Le juge retraité a interprété de la manière la plus étroite le mandat que lui avait confié le premier ministre. Il a précisé ne pas avoir pris en considération les éléments qui ont mené à la rédaction du fameux dossier sur les armes de destruction massive irakiennes de septembre 2002, ni la qualité des renseignements qu'il contenait – l'opposition a du reste demandé une enquête plus large sur les justifications de la guerre. Ce spectre limité privait d'emblée la BBC de la reconnaissance d'une certaine validité sur le fond de son reportage.

Le juge a constaté que le dossier irakien avait été compilé correctement, y compris la fameuse phrase selon laquelle les armes irakiennes pouvaient être déployées en quarante-cinq minutes, une information de dernière minute que les services secrets tenaient d'une source «crédible». Il n'a rien trouvé à redire au polissage verbal suggéré par Downing Street pour rendre le dossier plus «efficace».

Lord Hutton admet toutefois que, de façon subconsciente, le chef du Comité conjoint des renseignements, John Scarlett, en charge du dossier, aurait pu aller plus que de raison dans le sens voulu par le pouvoir. Mais à aucun moment il n'a inséré un élément dont il savait qu'il était faux, ou qui était en désaccord avec ses services. L'allégation «d'une extrême gravité» contenue dans le reportage matinal du 29 mai 2003 par Andrew Gilligan, selon laquelle Downing Street avait sciemment introduit dans le dossier une information fausse, contre l'avis des services secrets, pour embellir le document, est donc «infondée».

Pour le juge, la BBC a failli à tous les niveaux: Andrew Gilligan n'a pas pris correctement des notes lors de son entretien avec David Kelly, le 22 mai. Il a proféré des accusations qui n'étaient pas soutenues par des preuves. Sa hiérarchie a manqué à son devoir en n'exigeant aucun script de son reportage avant diffusion, puis en ne vérifiant pas ses notes avant de le soutenir, enfin en ignorant un message électronique d'un producteur critiquant les méthodes de travail de Gilligan. Enfin, les responsables de la BBC n'ont pas répondu correctement aux plaintes du gouvernement et ont négligé l'investigation interne qui s'imposait.

Le juge lord Hutton estime en revanche que le gouvernement n'a pas à se reprocher la fuite dans la presse du nom de l'expert David Kelly. Pour lui, le premier ministre et sa garde prétorienne ont d'abord dû se prémunir de l'accusation de couvrir une information essentielle, une fois que le scientifique avait avoué à son supérieur qu'il pouvait être la source de Gilligan. Il n'y a pas eu, de quiconque et surtout pas de Tony Blair, une «stratégie souterraine, sournoise ou malhonnête» visant à faire du Dr Kelly un lampiste pour «enc… la BBC», comme l'a poétiquement noté l'ancien porte-parole du premier ministre, Alastair Campbell, dans son journal intime.

Tout juste le juge reproche-t-il au Ministère de la défense d'avoir négligé la protection de son employé une fois que la découverte de son nom par la presse était devenue claire. Mais là encore, les officiels sont au bénéfice de «circonstances atténuantes»: David Kelly était un homme «difficile à aider» tant il était solitaire. Et c'est, conclut le juge Hutton, la conviction d'avoir menti à ses supérieurs (à propos d'une seconde rencontre avec une journaliste) et la perspective de perdre son travail, ajoutées à la pression médiatique, qui l'ont conduit au geste fatal.