Affaires

Les juges dans l’ombre des urnes

La démission du ministre l’intérieur Bruno Le Roux relance les revendications sur la transparence des élus

La gauche française de gouvernement tient son «exemple» en matière de transparence. Il n’aura fallu qu’une journée au ministre de l’intérieur Bruno Le Roux pour démissionner de ses fonctions, suite aux révélations de l’émission «Quotidien» sur l’emploi de ses filles comme assistantes parlementaires. Une rapidité imposée par François Hollande, qui ne pouvait évidemment pas garder le premier flic de France à son poste après l’ouverture, mardi, d’une enquête préliminaire à son sujet par le Parquet National Financier (PNF).

Sur le papier, des similitudes existent entre les faits reprochés au ministre socialiste démissionnaire, et ceux pour lesquels François Fillon a été mis en examen le 14 mars pour «détournements de fonds publics» et «abus de biens sociaux» par le juge d’instruction Serge Tournaire. Député de Seine-Saint-Denis depuis vingt ans, Bruno Le Roux a employé ses deux filles pour des contrats à durée déterminée à plusieurs reprises entre 2009 et 2016, pour une somme totale de 55 000 euros, y compris alors que celles-ci effectuaient semble-t-il des stages en entreprise.

Le cas n’en est pas moins révélateur à la fois de la généralisation des pratiques discutables au sein du parlement français et du rôle de poids que les juges vont jouer dans cette campagne présidentielle inédite. Le ministre de l’intérieur sortant – qui a rappelé lors de l’annonce de son départ mardi le caractère légal de ces emplois familiaux dûment déclarés sous forme de 24 contrats de travail et indiscutés jusque-là – a, en effet, présidé le groupe socialiste majoritaire sous le quinquennat de François Hollande. Ce qui l’a placé en première ligne, notamment lors de la fameuse affaire Cahuzac qui vit en 2013 ce ministre socialiste du budget démissionner (il a depuis été condamné à trois ans de prison ferme en décembre 2016 et a fait appel) pour avoir eu un compte bancaire non déclaré en Suisse.

Fillon: «escroquerie aggravée, faux et usage de faux»

Coté Fillon, les emplois présumés fictifs de son épouse Penelope ont couru, pour le compte de son mari puis de son suppléant à l’Assemblée, entre 1998 et 2013, pour une somme allant selon le Canard Enchaîné jusqu’à un million d’euros. Deux des enfants Fillon ont par ailleurs travaillé pour leur père lorsque celui-ci était élu au Sénat de 2005 à 2007. Penelope Fillon, qui sera convoquée par les juges le 28 mars prochain, aurait également bénéficié d’un emploi fictif à la «Revue des Deux Mondes» possédée par l’influent milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, connu pour soutenir les activités politiques de son époux. Un réquisitoire supplétif aurait par ailleurs, selon Le Monde, été délivré le 16 mars par le PNF pour «escroquerie aggravée, faux et usage de faux»

Les magistrats, de leur côté, se retrouvent quasiment en position de gardien des urnes. Eux à qui la droite reprochait d’être allé trop vite dans le cas de François Fillon – l’enquête préliminaire avait été ouverte le 25 janvier, jour des révélations du Canard enchaîné – viennent de démontrer qu’ils considèrent la situation de Bruno le Roux avec la même sévérité. Leur crédibilité s’en trouve donc renforcée, et les théories du complot brandies à propos du PNF (crée en 2013 par François Hollande) sont mises à mal. Ce qui n’empêchera bien sûr pas les partisans du candidat Fillon de continuer à les pilonner.

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