Dans leur ensemble, les Américains réagissent de manière bien plus sévère que les Français au non lieu accordé mardi à Dominique Strauss-Khan. «Il est libre mais il reste «un cochon», résumait un chroniqueur du New York Times, en français dans le texte. «Un jour de tristesse pour toutes les femmes et les jeunes filles», enchaînait une responsable de Babble, un magazine en ligne destiné à «la nouvelle génération de parents». D’autres reprenaient les slogans brandis par les défenseurs de Nafissatou Diallo devant les portes du tribunal: «Jugez le violeur, pas la victime!»

En toile de fond de ces commentaires – dont le ton général dégage une nouvelle fois des relents d’incompréhension transatlantique – apparaissent quelques questions plus générales sur le fonctionnement même du système judiciaire américain, qui a permis ce dénouement en forme de queue de poisson.

Le procureur du district de Manhattan, Cyrus Vance, a-t-il eu raison de mettre fin au processus avant même le début du jugement? Oui, si l’on considère qu’il courait au casse-pipe avec un cas «indéfendable» qui aurait été financé pour rien avec l’argent des contribuables. Non, si le résultat final consiste à ne fouiller que le passé de la victime et à traquer ses contradictions, tandis que DSK, emmuré dans son droit à garder le silence, n’a même pas eu à expliquer sa version des faits.

«Les procureurs ont le devoir légal et éthique de poursuivre des charges en se basant sur leur opinion professionnelle», estime Bob Barr, ancien élu à la Chambre des représentants, en félicitant Cyrus Vance d’avoir «résisté à la pression» de mener le procès jusqu’à son terme. Vance a œuvré «pour le bien de sa réputation et de celle de l’ensemble des procureurs». En face, et surtout au sein des communautés noire ou hispanique, des commentateurs insistent au contraire sur le «fiasco» d’un procureur qui disait au début de l’affaire que le cas était «solide comme un roc».

Un cas au Texas

Mais à ce début de polémique sur le rôle du procureur s’ajoute la question de la fiabilité des témoignages de la femme de ménage. «Ce qui s’est passé (dans la chambre du Sofitel) n’était ni tout à fait violent ni complètement consensuel», assurait le magazine The Atlantic, avant même que la décision d’abandonner les charges contre DSK soit rendue par le juge. «La conduite de DSK est déplorable, mais elle n’équivaut pas à un assaut sexuel forcé.»

Un type d’opinions qui a fait bondir les organisations de défense des droits des femmes. Elles mettent notamment en lien le dénouement du cas DSK avec une affaire qui met en émoi le Texas depuis plusieurs mois. Une petite fille de 11 ans a été violée collectivement pendant plusieurs mois par 18 adolescents. Or la fillette voulait, de son propre aveu, «devenir une star du porno» et s’habillait en conséquence. Son «innocence» d’une certaine manière, était mise en doute. «Nous ne sommes pas dans le cas où une enfant a été asservie et dont on a tiré profit», a tranché le procureur de district, James Evans. Avant de lever les charges qui pesaient sur 14 des 18 prévenus.