Israël

Les juifs ultra-orthodoxes gardent le contrôle du mur des Lamentations

Le premier ministre Benyamin Netanyahou est revenu sur un accord qui prévoyait de réserver un espace aux juifs réformés ou modérément conservateurs, afin de leur permettre de pratiquer leurs propres rites

La terre tremble au sein du monde juif. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou a annulé ce dimanche, à la surprise générale, un accord de janvier 2016 qui prévoyait d’octroyer aux juifs non orthodoxes un espace séparé le long du «Kotel», le mur des Lamentations. Un espace qui devait leur permettre de pratiquer un rituel différent et de prier à leur manière.

Minoritaire en Israël comme dans l’ensemble du monde juif, le courant ultra-orthodoxe bénéficie du monopole des questions religieuses dans l’Etat hébreu. Il régit les mariages, les enterrements et les conversions et impose sa loi au «Kotel». Il oblige par exemple les hommes et les femmes à y prier séparément et dans des conditions différentes puisque les secondes sont confinées dans un espace plus étroit que les premiers. Ce faisant, les femmes doivent aussi porter des vêtements couvrant leurs épaules, ainsi qu’un couvre-chef. En outre, elles ne peuvent pas prier à haute voix pour ne pas «distraire» les hommes.

Ces règles «moyenâgeuses» ne sont pas appliquées par la grande majorité des juifs de la Diaspora. Surtout ceux des Etats-Unis. Car ces derniers se situent aux antipodes du monde ultra-orthodoxe: la majorité d’entre eux fréquentent des communautés dites «réformées» (libérales) ou «masorti» («conservative», en anglais) où les prières mixtes sont encouragées.

Là, les femmes sont également autorisées à accomplir des pratiques réservées aux hommes dans le rite ultra-orthodoxe. Comme la lecture de la Torah (les Saintes écritures) durant l’office, ainsi que le port du «talith» (le châle de prière) et de la kippa.

Puissant rabbin trahi

L’accord de janvier 2016 résultait d’un combat mené depuis le milieu des années 1990 par ces communautés qui constituent aussi l’ossature de l’AIPAC, le principal lobby pro-israélien à Washington. En revenant sur ce qu’il avait conclu avec le rabbin Rick Jacobs, le président du très puissant courant réformé des Etats-Unis représentant à lui seul 60% du judaïsme de ce pays et 3000 synagogues ou centres communautaires, Benyamin Netanyahou prend le risque de se couper du principal soutien à la politique d’Israël. Ainsi que d’une manne financière importante puisque les communautés juives américaines financent de nombreuses institutions éducatives et sociales de l’Etat hébreu.

«Cela peut aller très loin car de nombreux juifs de la Diaspora ne vont pas accepter le nouvel état de fait», estime le ministre de l’Energie Youval Steinitz (Likoud), l’un des seuls membres du gouvernement à avoir soutenu le maintien de l’accord. Quant à Natan Sharansky, un ancien dissident soviétique devenu ministre du Likoud et président de l’Agence juive (une organisation para-étatique chargée d’aider les juifs à émigrer en Israël), il déplore également la décision de dimanche. «Il faut arrêter ça, parce que c’est une catastrophe, dit-il. Nous allons couper le peuple juif en deux, alors qu’il a besoin d’unité, et priver Israël d’appuis dont il peut difficilement se passer.»

Considérant la volte-face de Benyamin Netanyahou comme un «camouflet», le rabbin Jacobs a en tout cas annulé toutes les réunions prévues de longue date avec les dirigeants israéliens. D’autres rabbins moins connus ont également promis de «réfléchir à deux fois avant de soutenir Israël puisque ce pays nous considère comme des juifs de deuxième zone».

Un succès parmi d’autres

Indispensables au maintien de la majorité soutenant Benyamin Netanyahou, les partis ultra-orthodoxes Yaadout haTorah et Shas (13 députés sur les 120 que compte la Knesset) ont beaucoup manœuvré pour obtenir l’annulation de l’accord de janvier 2016. Ils ont finalement obtenu gain de cause parce qu’ils menaçaient de faire tomber le gouvernement et que le leader du Likoud semble prêt à tout pour conserver le pouvoir.

La victoire des hommes en noir et en papillotes est d’autant plus importante que le conseil des ministres a également décidé dimanche de ne plus reconnaître les conversions au judaïsme réalisées par des rabbins réformés ou «masorti». Ce faisant, seules les procédures diligentées par les rabbins ultra-orthodoxes – beaucoup plus longues et beaucoup plus strictes – seront désormais reconnues. Ce qui obligera, par exemple, les personnes converties à l’étranger par des rabbins réformés et résidant en Israël à recommencer le processus à Jérusalem. Ou à déménager, puisque les juifs non officiellement reconnus comme tels par le rabbinat ultra-orthodoxe n’ont pas le droit de résider dans ce pays.

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