Julian Assange avait fait un effort de présentation. Fini la barbe hirsute qu’il arborait lors de son arrestation. Celle-ci est désormais bien taillée et les cheveux sont tirés en arrière. Son avocat, Mark Summers, a même lu une lettre où l’accusé présentait ses excuses «sans réserve, à ceux qui considèrent que je ne les ai pas respectés à cause de la façon dont je me suis défendu».

Cette contrition n’a visiblement guère ému la juge, Deborah Taylor. Mercredi, la magistrate a condamné Julian Assange à 50 semaines de prison, pour ne pas avoir respecté les conditions de sa libération conditionnelle, le 19 juin 2012, en se réfugiant à l’ambassade d’Equateur à Londres – où il a ensuite passé presque sept ans enfermé dans ce petit bâtiment situé à deux pas de Buckingham Palace, vivant essentiellement dans une seule pièce.

«Tentative délibérée d’échapper à la justice»

La condamnation de Julian Assange ne faisait aucun doute. En 2012, l’homme était recherché par la justice suédoise pour des accusations de viol et était sous le coup d’un mandat d’arrêt européen, un processus qui s’exécute normalement presque automatiquement. Après un combat judiciaire, il avait été condamné à être extradé, pour que l’enquête puisse avancer en Suède. Dans ces circonstances, prendre refuge à l’ambassade d’Equateur était une «tentative délibérée d’échapper à la justice», estime Deborah Taylor. La peine appliquée était donc «très proche du maximum prévu par la loi».

L’avocat Mark Summers a essayé de plaider les circonstances atténuantes. A l’époque, Julian Assange disait craindre en particulier que l’accusation suédoise ne soit qu’un paravent derrière lequel se cachaient les Etats-Unis. Formellement, la justice américaine n’avait à l’époque pas lancé de procédure, mais la publication en 2010 de milliers de câbles diplomatiques américains par Wikileaks avait provoqué la colère de Barack Obama et d’Hillary Clinton, alors président et secrétaire d’Etat américains.

«Je me suis retrouvé face à des circonstances terrifiantes, pour lesquelles ni moi ni les gens qui me conseillaient, n’avaient de solution, explique Julian Assange dans sa lettre d’excuses. J’ai fait ce que je pensais à l’époque être la meilleure chose possible et peut-être la seule qui puisse être faite. J’espérais que ça mènerait à une solution légale entre la Suède et l’Equateur, qui me protégerait de mes pires peurs.»

Popularité en berne

Sans surprise, la juge Deborah Taylor a rejeté cette position. «Ce n’était pas à vous de décider de la nature de votre coopération avec la justice suédoise.» Selon elle, Julian Assange a «montré son dédain pour les lois de ce pays».

Paradoxalement, la justice suédoise ne recherche plus Julian Assange, ayant classé l’enquête. Elle n’a pas tranché sur le fond mais, une partie des faits étant désormais prescrits, elle va maintenant voir si elle décide de rouvrir l’enquête ou pas. L’ancienne star de la liberté d’expression est seulement condamnée pour sa fuite, pas pour les faits initiaux. En sept ans, l’homme a beaucoup perdu de son aura. Une trentaine de personnes seulement étaient venues le soutenir au tribunal ce mercredi. La fuite des e-mails d’Hillary Clinton en pleine campagne électorale, sans doute sur la base d’une source russe, lui a fait beaucoup d’ennemis.

Nouveau bras de fer

Cette peine de prison n’est cependant que le début des soucis pour Julian Assange. Ce jeudi, la première audience de son extradition vers les Etats-Unis débute. Dès le lendemain de sa sortie de l’ambassade d’Equateur, le Ministère américain de la justice a fait savoir qu’il recherchait le fondateur de Wikileaks pour «complicité d’intrusion informatique», étant entré dans le système informatique du gouvernement américain, afin d’aider Chelsea Manning, un ancien soldat, à accéder aux câbles diplomatiques classifiés.

L’issue de ce nouveau bras de fer judiciaire, qui pourrait durer plusieurs années, est très incertaine. Les extraditions vers les Etats-Unis sont moins automatiques que ce qui est prévu sous le mandat d’arrêt européen. De plus, les accusations sont très différentes. Cette fois-ci, il ne s’agit pas de viol, mais de questions de liberté de la presse et de liberté d’expression: la publication de ces câbles diplomatiques américains, en collaboration avec de nombreux journaux, était-elle justifiée?

S’il est extradé, les pires peurs de Julian Assange risquent de se matérialiser. Lui qui a passé des années dans l’ambassade d’Equateur pour éviter la justice américaine pourrait cette fois devoir y faire face. «Les difficultés auxquelles je fais maintenant face sont encore plus importantes (qu’en 2012)», explique-t-il dans sa lettre d’excuses.