Union européenne

Julian King, commissaire britannique sous contrôle

Chargé de la Sécurité, le nouveau membre de l’exécutif européen travaillera sous deux commissaires et ne participera pas aux réunions ministérielles européennes. Il sera aussi éloigné des négociations sur les modalités du Brexit

Jean-Claude Juncker a-t-il voulu marginaliser le Royaume-Uni au sein de la Commission européenne? La question se pose avec la nomination mardi du diplomate britannique Julian King au poste de commissaire en charge du nouveau portefeuille de la Sécurité. Il remplacera son compatriote Jonathan Hill au sein du collège qui avait démissionné au lendemain du vote du 23 juin en faveur du Brexit. Avec une différence de taille: sur l’insistance de l’ancien premier ministre David Cameron qui tenait à défendre les intérêts de la City, son prédécesseur avait été chargé de la Stabilité financière, des Marchés financiers et de l’Union des marchés des capitaux. Son portefeuille échappe désormais au Royaume-Uni et a été repris par le commissaire letton Valdis Dombrovskis et le français Pierre Moscovici.

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La sécurité est certes un dossier capital. Julian King, 51 ans, ne sera toutefois qu’un commissaire junior. Il travaillera sous la supervision de deux membres du collège, à savoir Frans Timmermans en charge de l’Amélioration de la réglementation, des Relations inter-institutionnelles et de l’État de droit et Dimitris Avramopoulos, en charge de la Migration et de l’intérieur. Ainsi le Britannique ne pourra prendre la moindre initiative sans le feu vert de ses «supérieurs». Il ne participera pas non plus aux réunions des ministres européens de l’Intérieur. «C’est très habilement joué de la part de Jean-Claude Juncker, analyse un observateur à Bruxelles. Il a éloigné le commissaire britannique des négociations difficiles sur les modalités de la sortie du Royaume-Uni de l’UE.» Et de rappeler que le chef de l’exécutif européen avait averti que «les déserteurs britanniques qui ont voté en faveur du Brexit devront en subir les conséquences.»

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Dans une lettre adressée à Julian King, Jean-Claude Juncker explique que la sécurité est une priorité pour l’Union et qu’il s’attend à ce que le nouveau commissaire appuie le programme européen de lutte contre le terrorisme, le crime organisé et le cyber-terrorisme et qu’il œuvre pour la concrétisation de l’Union de la sécurité. Avant de prendre ses fonctions, le nominé doit être intronisé par le Parlement européen. Une audition aura lieu au début de l’automne.

Manoeuvre de Juncker

Le gouvernement britannique ne s’est pas offusqué par la manoeuvre d’un Jean-Claude Juncker qui ne cesse de presser le Royaume-Uni afin qu’il active les procédures et rende le Brexit effectif dans les plus brefs délais. «Nous nous réjouissons de la décision, dit un communiqué du 10, Downing Street. Le Royaume-Uni continuera à exercer ses droits et à assumer ses obligations en tant qu’Etat membre jusqu’à ce que nous quittions l’UE.»

Julian King connaît les arcanes communautaires pour avoir été notamment le directeur de cabinet des commissaires britanniques Peter Mandelson (Commerce) et Catherine Ashton (Affaires étrangères) en 2008-2009. A présent, il est ambassadeur à Paris.

Giles Merritt, secrétaire général de Friends of Europe (FoE), un centre d’analyses politiques et économiques basé à Bruxelles, rejette l’idée d’un coup tordu de la part de Jean-Claude Juncker pour punir les Britanniques. «Au contraire, c’est un coup de maître d’associer Londres à la sécurité et à la défense de l’UE, dit-il. Avec ses moyens, tant en équipements qu’en effectifs, le Royaume-Uni peut déployer sa force très rapidement pour défendre les intérêts européens.» Giles Merritt ne voit pas de problème pour confier le dossier crucial de la sécurité à un commissaire temporaire. Et pour cause: «A vrai dire, je ne crois pas que les Britanniques vont se désengager de l’UE dans un avenir proche.»

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