Les rares images parvenant de Birmanie après le passage du cyclone Nargis, le week-end passé, font craindre que les premiers bilans fournis par la junte – 4000 morts lundi matin, puis ensuite 10 000, et des centaines de milliers de sans-abri – ne soient encore sous-estimés au regard des ravages causés.

Lundi matin, le régime militaire indiquait, par le biais du quotidien officiel New Light of Myanmar, que cette catastrophe ne conduirait pas au report du référendum prévu pour le 10 mai sur l'adoption d'une nouvelle Constitution. Néanmoins, la réponse au sinistre constitue un test d'une telle ampleur qu'il n'est pas exclu, selon les opposants birmans réfugiés en Thaïlande, qu'il doive être différé.

Le cyclone, après avoir accumulé de l'énergie pendant plusieurs jours au-dessus des eaux chaudes de la baie du Bengale, s'est abattu sur la basse Birmanie, dévastant cinq régions et Etats, où a été décrété un état d'urgence: l'ancienne capitale Rangoon, plus grande ville du pays, Irrawaddy, Pegu, Karen et Mon.

Le cyclone a tournoyé pendant douze heures, samedi, au-dessus du delta du fleuve Irrawaddy, à grande densité de population, abattant maisons, arbres, pylônes électriques sur tout le pourtour de la mer d'Andaman. La plupart des routes ont été rendues impraticables. Les correspondants de presse, à Rangoon, décrivent une capitale sinistrée, privée de téléphone, un réseau d'approvisionnement en eau inexistant, les banlieues peuplées de sans-logis affamés que l'armée et la police s'efforcent de soulager en priorité.

Vents de près de 250 km/h

L'étendue du désastre en province ne sera pas mesurable avant plusieurs jours. Une aide alimentaire d'urgence sera nécessaire pendant des semaines, alors que, lentement, les liaisons aériennes avec Rangoon sont rétablies.

Les autorités avaient lancé un appel urgent à la population de rester à l'abri, ce qui a probablement pu réduire le nombre de victimes. Mais on peut craindre le pire pour les centaines de milliers de gens qui vivent de la pêche le long des côtes ou embouchures de rivières, dans de frêles embarcations et des logis sur pilotis emportés par des vents de près de 250 km/h. Le cyclone a perdu de sa violence au contact avec la terre ferme, en atteignant la Thaïlande, où des dégâts matériels ont toutefois été enregistrés.

La catastrophe survient à un moment délicat pour les militaires birmans qui, depuis dimanche, émettent de timides signes d'ouverture sans rompre avec un culte atavique du secret. La bureaucratie militaire birmane – en tout état de cause mal préparée à des urgences civiles – était mobilisée depuis des semaines pour les préparatifs politiques du référendum devant entériner une nouvelle Constitution, taillée sur mesure pour la junte, destinée à pérenniser son pouvoir à l'aide d'élections très encadrées en 2010.

L'ONU et des organisations internationales de bienfaisance tenaient, hier, une réunion de crise à Bangkok. La question d'une aide étrangère est ultrasensible dans un pays qui vit depuis 1962 sur le mythe de «l'autosuffisance socialiste». «Le régime doit autoriser un accès immédiat et sans restriction pour les organisations non gouvernementales et les agences d'aide», a déclaré au Bangkok Post un des opposants birmans. Les ONG vont réclamer la faculté «d'agir librement dans les opérations d'assistance directe à la population sinistrée».

Une pénurie alimentaire mal gérée par les militaires pourrait encore relancer l'agitation antigouvernementale réprimée en 2007. Les gouvernements voisins, la Thaïlande en tête, qui n'ont eu de cesse de ménager la junte face à la critique internationale sur la situation des droits de l'homme dans le pays, risqueraient à leur tour de se trouver en situation embarrassante. Leurs opinions pourraient en effet réclamer d'intervenir directement en faveur de la population en détresse.