C'est au bout de leurs fusils que les militaires birmans déployés dans le delta de l'Irrawaddy semblent parfois gérer l'acheminement de l'aide humanitaire, après la tragédie causée par le cyclone Nargis. Dans la région de Bogole, un convoi alimentaire de l'ONU au moins a été refoulé mercredi par des soldats parce qu'il ne disposait pas d'autorisation. Plusieurs ONG ont par ailleurs donné consigne à leurs équipes de «faire profil bas car les autorités deviennent de plus en plus nerveuses et agressives à leur égard».

«Plus les pressions internationales augmentent et plus les contrôles routiers se multiplient», confirme un travailleur humanitaire européen contacté à Rangoon. Des accusations de détournement d'aide par des soldats commencent à poindre dans la région de Mawlamyingyun où aucune mission d'évaluation n'a encore été effectuée. Les militaires seraient particulièrement tendus dans les régions du sud du delta, où les rebelles de la Karen National Union (KNU) sont traditionnellement actifs. «L'obsession des généraux est que les Karens ne profitent pas du chaos pour regagner du terrain et s'attirer la sympathie de la population», raconte un témoin. De nombreux civils seraient forcés de se rendre dans les camps de déplacés mis en place par l'armée, avec interdiction de retourner dans leurs villages dévastés.

Cette montée de tension augurait assez mal, hier, de la réussite de la visite de deux jours à Rangoon du commissaire européen Louis Michel. A Bangkok, où il a transité, ce dernier a évoqué un risque de «famine» en raison de la destruction par le cyclone de «tous les stocks de riz» de la région, tandis que le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, conviait à New York une réunion d'urgence des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, en présence des pays de l'Asean riverains de la Birmanie.

La junte continue pour l'heure d'accepter l'aide à condition de la convoyer elle-même. Les visas sont toujours délivrés au compte-gouttes. Les dernières estimations font état de 2,5 millions de personnes touchées et 66000 morts et disparus. Le risque d'une deuxième catastrophe, conséquence de la faim et des maladies, continue de planer sur le pays, toujours verrouillé par les généraux qui le gouvernent depuis 1962.

U La Chaîne du Bonheur a récolté 1,3 million de francs. Versements au compte postal 10-15000-6, mention Birmanie ou par Internet http://www.bonheur.ch