Ban Ki-moon a mérité un peu de repos à Bangkok. Avant de regagner la capitale thaïlandaise, le secrétaire général de l'ONU a obtenu vendredi gain de cause: à Naipidyaw, la nouvelle capitale administrative de la Birmanie, le Sud-Coréen a arraché au général Than Shwe, chef de la junte, l'autorisation de laisser venir «tous les travailleurs humanitaires internationaux, quelle que soit leur nationalité».

S'il est suivi d'effets, ce tournant s'annonce capital, alors que l'évaluation des dommages matériels et des pertes humaines après le passage du cyclone Nargis le 3mai demeure très incomplète. Plus de 133000 personnes seraient mortes ou disparues, et 2,5 millions déplacées. «Il est très difficile d'estimer ces chiffres, indique un responsable de l'ONU contacté à Rangoon, au retour d'un survol en hélicoptère des régions touchées, sous escorte gouvernementale. Je n'ai pas vu de corps flotter, mais des officiels nous assurent que dans certains endroits c'est toujours le chaos.»

Si les portes de la Birmanie s'ouvrent, l'aide sera massive. Rien que du côté de l'Union européenne, une «manne au moins égale» aux 17 millions d'euros de vivres et de matériel déjà acheminés peut être mobilisée «sans problème», assure-t-on à Bruxelles. Jusque-là, tous les avions et convois routiers d'aide ont en effet été pris en charge par la Tatmadaw, l'armée birmane, qui a le monopole des hélicoptères et inspecte les véhicules sur les routes d'accès au delta sinistré de l'Irrawaddy. La tragédie birmane s'est non seulement déroulée à huis clos, mais sous le quadrillage permanent des soldats. L'un des premiers gestes de la junte pourrait être d'autoriser l'ONU, dès ce week-end, à mettre sur pied son propre système de transport.

Où? Comment?

Sauf que... «le diable se nichera comme toujours dans les détails», s'inquiète un humanitaire à Rangoon. «Où nous autoriseront-ils à aller? Comment? Sous quelle escorte?» Un diplomate, revenu d'un tour guidé dans le delta, donne un aperçu de la mentalité des généraux: «Lors de ces visites, il n'y a aucune occasion de parler aux sinistrés, raconte-il. Quand ils sont montrés, souvent dans des camps «nickel» qui sentent encore la bâche plastique, c'est comme si on nous montrait du mobilier ou des buffles.»

Or, les autorités sont incontournables dans ce pays, contraint à l'autarcie et sous le joug de l'armée depuis des décennies. Le nombre d'experts étrangers familiers des zones touchées est ridicule. L'Union européenne, par exemple, ne compte que quatre personnes sur place, dont l'un réside à Rangoon depuis deux ans. Autant dire que tout sera matière à négociation avec le régime: interprètes, voitures, permis... «Entrer dans le pays ne signifie pas que nous pourrons travailler, confirme Ingo Radtke, directeur de Malteser, la branche caritative de l'Ordre de Malte, l'une des rares ONG sur le terrain. Les prochaines heures seront cruciales.»

Les besoins, eux, restent énormes. Mais la force du régime est d'avoir décrété la fin de la phase d'urgence. Pour la junte, la priorité est maintenant clairement la reconstruction. Ce qui veut dire des fonds, des machines, bref, tout ce que l'Occident refuse de lui donner depuis l'impitoyable répression des manifestations démocratiques de septembre 2007.

L'ouverture concédée au sommet par le général Than Shwe résume l'approche internationale de la junte birmane, qui accueille ce week-end une conférence des bailleurs de fonds à Rangoon, organisée par l'ONU et présidée par Ban Ki-moon. Elle intervient maintenant que l'armée birmane contrôle fermement les opérations. Elle confirme aussi l'hostilité des généraux à l'UE et aux Etats-Unis, qui maintiennent leurs sanctions financières contre la junte. Le commissaire européen Louis Michel était revenu bredouille de sa visite à Rangoon la semaine dernière. «C'est depuis que les pays riverains d'Asie ont, lundi dernier à Singapour, obtenu la direction de l'assistance internationale que les choses se sont débloquées», confirme un expert. Une partie de leur population a beau mourir, les généraux birmans gardent l'arme au pied. Et voient toujours les Occidentaux, même secouristes, comme des «ennemis» potentiels.

La Chaîne du bonheur a collecté 3 millions de francs. Compte de chèque postal: 10-15000-6, mention Birmanie. Internet: http://www.bonheur.ch