Syrie

Jusqu’à quand Bachar el-Assad pourra-t-il tenir?

Les alliances de Damas vont-elles s’user sous la pression internationale?

Combien de temps encore? Comme les dictateurs tunisien, égyptien et libyen avant lui, le président syrien Bachar el-Assad devra céder à l’opposition et quitter le pouvoir, de gré ou de force, pensent de nombreux observateurs. Mais l’homme fort de Damas fait preuve, après plus de dix mois de révolte, d’une longévité hors du commun. Il s’appuie, malgré les défections au sein de l’armée régulière, sur une force militaire puissante et capable de semer la terreur, ainsi que sur des alliés. Le plus précieux, la Russie, continue à lui vendre des armes et à s’opposer à toute intervention étrangère contre le régime syrien.

Nouvelle légitimité

La pression diplomatique devrait toutefois monter d’un cran dans les prochains jours. Après la suspension de sa mission d’observation vendredi dernier, la Ligue arabe s’apprête à présenter un plan de sortie de crise devant le Conseil de sécurité mardi. L’organe exécutif des Nations unies se prononcera ensuite sur un projet de résolution pour condamner le régime de Damas. Le texte, soutenu par le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, appelle à un soutien international au plan de sortie de crise de la Ligue arabe, qui prévoit l’arrêt des «attaques et violations des droits de l’homme» et le transfert des pouvoirs du président syrien à son vice-président avant l’ouverture de négociations. Il donne aussi la possibilité au Conseil de sécurité de prendre des «mesures supplémentaires» si le régime ne respecte pas ses décisions dans les deux semaines. «Cette nouvelle étape significative ouvre la porte à une dynamique plus large dans la diplomatie internationale, estime John Chalcraft, chercheur à la London School of Economics. A présent, il revient à l’ONU d’agir». Avec une légitimité nouvelle, puisque cette fois-ci la résolution se base sur le plan arabe.

Impasse

Mais l’adoption de ce plan de sortie de crise dépend de la Chine et de la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité, qui avaient déjà opposé leur veto à un précédent projet de résolution en octobre dernier. Pékin reste discret sur ses intentions, mais Moscou a réaffirmé lundi son refus d’adopter le texte, évoquant le risque «d’ingérence dans les affaires syriennes». «Tant que le soutien russe reste prononcé, Bachar el-Assad considérera qu’il dispose d’une porte de sortie. Il est acculé, mais il n’a pas encore les pieds au mur», analyse Marwa Daoudy, professeure au Centre du Moyen-Orient de l’Université d’Oxford, en poste actuellement à l’Université de Princeton. La Russie a présenté son propre projet de résolution à l’ONU, qui condamne l’usage de la force à la fois par le régime de Bachar el-Assad et l’opposition syrienne. Elle propose aux deux parties de mettre en place une médiation sur son territoire. Mais le Conseil national syrien, la principale fédération de l’opposition, refuse d’entrer en matière tant que Bachar el-Assad n’aura pas quitté le pouvoir.

Usure

Selon des sources diplomatiques citées par Reuters et l’AFP, les équilibres au sein du Conseil de sécurité ont évolué et au moins dix pays sur les quinze que compte l’organe de l’ONU pourraient donner leur accord au nouveau projet de résolution de l’ONU. «La communauté internationale opte pour une escalade de la pression sur le régime syrien, mais aussi sur la Chine et la Russie, dont le soutien sera difficile à maintenir indéfiniment», estime Marwa Daoudy.

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