Les Frères musulmans n’avaient pas fini de compter leurs morts jeudi qu’ils appelaient déjà à retourner dans la rue, au lendemain de l’assaut brutal mené par les forces armées contre leurs rassemblements au Caire.

Selon un bilan provisoire du Ministère égyptien de la santé, la répression a fait 578 morts, dont 535 civils et 43 policiers, et plus de 3500 blessés. De leur côté, les Frères musulmans évoquent 2200 martyrs et 10 000 blessés. Sur la seule place Rabaa al-Adawiya, principal lieu de rassemblement des islamistes qui appelaient au retour du président Mohamed Morsi – destitué par un coup d’Etat militaire le 3 juillet – au moins 228 personnes ont péri.

Jeudi, l’heure était au deuil pour de nombreux Frères, à l’instar de Mohammed al-Beltagui, l’un des principaux dirigeants de la confrérie, qui s’est rendu hier aux funérailles de sa fille de 17 ans, morte dans les heurts. Mais les pro-Morsi se sont montrés déterminés à poursuivre la contestation et, l’après-midi même, des défilés se formaient de manière sporadique dans plusieurs villes du pays. Jusqu’où ira la confrontation entre les militaires et les islamistes, les deux principales forces du pays?

«Nous resterons pacifiques»

«Nous resterons pacifiques et non violents», a assuré sur son fil Twitter Gehad el-Haddad, l’un des porte-parole de la confrérie. Hier pourtant, quelques groupes en colère attaquaient des commissariats et des bâtiments administratifs, dans la capitale. Le gouvernement a aussitôt autorisé la police à tirer sur les manifestants qui s’attaqueraient à des biens publics. L’état d’urgence, proclamé mercredi par les militaires pour une durée d’un mois, en permettant à l’armée de procéder à des arrestations illimitées, laisse craindre une répression systématique des islamistes, comme dans les années 1990 – sous l’ère Moubarak – et une radicalisation des Frères. Par ailleurs, plusieurs leaders de la confrérie font l’objet de poursuites judiciaires. Alors que les condamnations internationales continuaient de pleuvoir hier, bien peu de voix s’élevaient pour dénoncer le recours à la force de l’armée en Egypte même, où l’opinion publique s’est montrée largement favorable au démantèlement des sit-in pro-Morsi.

«La neutralisation politique des Frères musulmans ouvre la voie à un retour d’un Etat policier dirigé par les militaires, estime un bon connaisseur de l’Egypte, qui préfère garder l’anonymat. Les plus grands perdants ne sont pas seulement les islamistes, ce sont aussi les libéraux. En soutenant l’armée, ils favorisent un retour de l’ancien régime. Ils pensent pouvoir se creuser une place sous l’aile des militaires, mais cet espace sera toujours plus étroit.»