L’audience a duré moins d’une demi-heure. Comme attendu, les procureurs chargés de l’affaire DSK ont demandé l’abandon des poursuites, expliquant que cet abandon n’était pas requis «à la légère». Le juge américain Michael Obus les a donc suivis.

Dominique Strauss-Kahn a quitté peu après le tribunal sans faire de déclaration. DSK s’est ensuite engouffré dans une voiture noire, sa femme Anne Sinclair arborait un sourire ainsi que son avocat Benjamin Brafman, l’air triomphal. Il est «impatient de rentrer à la maison» a-t-il ensuite fait savoir par un communiqué.

La décision du juge met fin à trois mois d’un rocambolesque feuilleton judiciaire qui a coûté à «DSK» son poste de directeur général du Fonds monétaire international et gravement entamé ses chances de briguer la présidence française.

Pas de procureur spécial non plus

Plus tôt, le juge Michael Obus avait refusé la nomination d’un procureur spécial que l’avocat de la femme de chambre qui accuse Dominique Strauss-Kahn de crimes sexuels avait demandé, selon le texte d’un arrêt rendu par le juge.

«Le tribunal a conclu que rien ne justifiait la récusation du procureur. Dès lors, la demande est rejetée», a écrit Michael Obus en réponse à la demande de Me Kenneth Thompson. Ce dernier avait réclamé la nomination d’un procureur spécial en remplacement du procureur Cyrus Vance, qui a demandé lundi à la justice d’abandonner les poursuites contre M. Strauss-Kahn.

L’avocat de Nafissatou Diallo avait demandé lundi, après l’avoir déja fait début juillet, la nomination d’un procureur spécial pour que le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, soit déssaisi de l’affaire. Ce dernier a recommandé au juge Michael Obus d’abandonner toutes les charges qui pèsent contre l’ancien patron du FMI.

Pressions

Dans la journée, deux avocats américain et français de Nafissatou Diallo avaient assuré avoir recuilli de nombreux témoignages de femmes ayant subi des tentatives d’agression de la part de Dominique Strauss-Kahn, évoquant aussi des pressions de proches de DSK pour les empêcher de témoigner.

«Nous avons été contactés par de nombreuses femmes qui ont témoigné dans le monde entier» contre DSK, a déclaré l’avocat new-yorkais Douglas Wigdor, lors d’une conférence de presse à Paris, quelques heures avant l’audience qui devrait officialiser l’abandon des poursuites pénales pour crimes sexuels contre Dominique Strauss-Kahn aux Etats-Unis. «Nous ne donnerons pas le nombre (de ces femmes, ndlr) car ce dossier fait toujours l’objet d’une enquête» dans le cadre d’une procédure civile, a ajouté Me Wigdor en souhaitant que M. Strauss-Kahn soit entendu dans ce cadre.

De son côté, l’avocat français de Mme Diallo, Me Thibault de Montbrial, a également indiqué que des femmes avaient contacté son cabinet et qu’il les avait dirigées vers ses confrères américains. «Des gens se sont rapprochés de mon cabinet, qui travaillent dans l’industrie du transport, dans l’hôtellerie, dans l’organisation de congrès et même des journalistes, tout ce petit monde a cherché à savoir comment aider (..) mais parallèlement ont exprimé de grandes craintes», a dit Me de Montbrial. «La plupart des femmes qui ont fait l’effort se sont montrées trop craintives pour continuer», a-t-il ajouté.

Il a en particulier dénoncé des pressions venant de proches de Dominique Strauss-Kahn pour dissuader ces témoins potentiels. «Depuis deux mois, les réseaux DSK déploient tous leurs efforts pour dissuader par différents moyens les femmes susceptibles de porter les coups les plus rudes dans la procédure américaine», a-t-il dit.

L’avocat a confirmé avoir déposé plainte mardi, au nom de Mme Diallo, pour tentative de subornation de témoin contre un adjoint au maire de Sarcelles, une commune proche de Paris dont DSK a été maire. Me de Montbrial a également dénoncé des «pressions exercées sur lui de la part de réseaux strauss-kahniens efficaces».

L’avocat américain a déploré que Nafissatou Diallo ait été «davantage traitée comme une suspecte que comme une victime» dans cette affaire. Le procureur de Manhattan lui a signifié lundi qu’il allait demander mardi un abandon des poursuites pénales contre DSK, arguant de la faible crédibilité de la plaignante. «A l’avenir toutes les victimes d’agressions sexuelles, y réfléchiront à deux fois avant de porter plainte», a estimé Me Wigdor.

Me de Montbrial a aussi regretté que le procureur Cyrus Vance n’ait pas formulé de demande d’entraide à la France, comme il l’avait promis selon lui, pour entendre la romancière Tristane Banon, qui a porté plainte contre DSK en France pour tentative de viol.