Douze jours après leur départ, le président Ben Ali et son épouse, Leïla Trabelsi, sont officiellement recherchés. Le ministre de la Justice tunisien, Lazhar Karoui Chebbi a demandé l’aide d’Interpol pour mettre la main sur tous les membres du clan qui ont fui, beaucoup en Europe, au Canada ou en Libye. Au moins 33 personnes auraient réussi à quitter le pays. Selon le ministre de la Justice, sept seraient toujours en détention à Tunis.

Par ailleurs, les membres de la garde présidentielle de Ben Ali, les «milices» accusées d’avoir semé la terreur dans le pays au lendemain du 14 janvier et leur chef Ali Seriaty, seront aussi jugés pour «conspiration contre la sûreté de l’Etat et incitation à la violence armée». L’ancien président et son épouse sont en plus tous deux poursuivis par la justice tunisienne pour «acquisition illégale de biens mobiliers et immobiliers», ainsi que pour «transferts illicites de devises à l’étranger».

«C’est une bonne nouvelle, mais elle arrive déjà tard. Je ne comprends pas que le gouvernement provisoire n’ait rien fait avant. J’ai peur que tout cela ne tombe aux oubliettes très vite. Il faut que nous allions plus loin. Nous venons de créer une branche de l’ONG Transparency International en Tunisie. Ils ont pillé le pays pendant 23 ans, maintenant, il faut qu’ils payent, que l’on récupère tout ça», explique Sadher Ben Mehnni, ancien opposant au régime.

Journal officiel

Ezzeddine Mheddhebi est du même avis. Cet avocat d’affaires tunisien épluche toutes les publications au Journal Officiel depuis chaque acquisition du clan Ben Ali. «Regardez cette usine, elle appartient au fils, il a 5 ans. Vous croyez vraiment que c’est lui qui a fait ça? Non, c’est un prête-nom, ils procédaient souvent ainsi pour tromper leur monde. Mais il suffit de gratter un peu pour s’apercevoir de la supercherie.» L’avocat nous fait visiter la capitale tunisienne pour se faire une idée de l’omniprésence des Ben Ali. Des supermarchés Géant aux magasins de bricolage Bricorama, en passant par les banques et les médias, ils possédaient tout, ou presque.

«Quand ils ont fui le pays, le peuple est allé détruire plusieurs de leurs propriétés. Mais ils n’en connaissaient pas la moitié. Vous voyez la grande villa blanche, derrière l’hôpital Al Mannar? Et bien c’est à eux. A un membre de la famille. Il en reste beaucoup, en France et dans le monde entier comme ça», ajoute encore Ezzeddine Mheddhebi. «Je ne comprends pas pourquoi le mandat d’arrêt n’a pas été délivré le lendemain de la fuite, le 15 janvier. Pourquoi tout ce temps. En droit, le temps est vital. Et là, j’ai peur que les politiques en place tentent de combiner quelque chose. Des caisses entières de documents officiels ont été détruits ces derniers jours au siège de l’Agence tunisienne de communication extérieure. C’est de la destruction de preuves. La Tunisie s’est trop battue pour se faire voler de la sorte les fruits de son combat.»

Selon les premiers calculs, la fortune des Ben Ali se monterait à 5 milliards d’euros et celle du clan Trabelsi pèserait 12 milliards d’euros.