Appréhendé en mai 1996, le sicaire de la mafia Giovanni Brusca sera bientôt placé aux arrêts domicilaires. Malgré les quelque cent meurtres à son actif, dont celui du célèbre juge antimafia Giovanni Falcone, le boss de San Giuseppe Jato bénéficie déjà depuis quelques semaines d'un permis de sortie, une fois tous les quarante-cinq jours. La publication de la nouvelle, mardi, a provoqué une vive indignation en Italie. «C'est une décision indécente», a commenté Maria Falcone, sœur du juge assassiné, relançant les polémiques sur les repentis de Cosa Nostra.

Après Toto Riina, Giovanni Brusca était considéré comme l'un des plus dangereux mafieux siciliens, les deux hommes ayant d'ailleurs été en début et en bout de chaîne de l'exécution de Giovanni Falcone en 1992. Toto Riina l'avait programmée. Giovanni Brusca fut celui qui provoqua l'explosion au passage du véhicule du juge, à Capaci, à l'ouest de Palerme. Fils de Don Bernardo, très respecté parrain du clan de San Giuseppe Jato, Giovanni Brusca, surnommé «le porc» était impitoyable. Pour protéger «l'oncle» Riina, il ne reculait devant rien, multipliant les homicides d'adversaires, de traîtres ou de leurs proches. Ainsi, Giovanni Brusca n'hésita pas à séquestrer pendant deux ans Giuseppe Di Matteo, alors âgé de onze ans, pour punir son père d'avoir collaboré avec la Justice. En janvier 1995, «le porc» ordonna finalement à son frère Enzo d'étrangler le jeune garçon avant de dissoudre son corps dans l'acide.

Révélations et fausses pistes

Craint pour sa férocité par les autres membres de Cosa Nostra, Giovanni Brusca est arrêté en mai 1996. Surpris dans sa villa de campagne proche d'Agrigente, il était, semble-t-il, en train de regarder à la télévision un film sur Giovanni Falcone. Placé en quartier de haute sécurité, le boss décide assez rapidement de parler aux juges. Mais pendant un an, il multiplie autant les révélations que les fausses pistes. Ce n'est qu'en 1997 qu'il est officiellement considéré comme un «collaborateur de justice». Brusca devient alors témoin numéro un du massacre de Capaci et accumule les confessions plus ou moins crédibles. Condamné plusieurs fois à perpétuité, il voit sa peine réduite en raison de son statut de repenti de la mafia.

Après avoir effectué huit ans de réclusion, le tribunal de surveillance de Rome a estimé que sa «bonne conduite» en prison devait lui entrouvrir les portes de la prison. Sur la base de la loi sur les collaborateurs de justice, Giovanni Brusca a ainsi droit à des permis de sortie. Durant l'été, l'ancien parrain aurait déjà passé quelques jours à l'air libre avec sa femme et son fils. Giovanni Brusca a par ailleurs présenté une demande pour être placé aux arrêts domicilaires, comme la loi lui en offre la possibilité.

«C'est un scandale», s'est indigné mardi Bruno Berardi, président d'une association de victimes de la mafia. «Je suis déconcerté», a commenté pour sa part le maire de San Giuseppe Jato tandis que, de la droite à la gauche, des voix s'élèvent pour parler d'une «mesure troublante» et d'une «loi anormale que les gens ont du mal à comprendre». En 2001, celle-ci avait pourtant été approuvée à la quasi-unanimité par le parlement italien.