FRANCE

Justice et prison attendent les djihadistes français

Une cinquantaine d’adultes français en attente de jugement en Syrie, ou déjà jugés et incarcérés, pourraient être rapatriés. S’y ajoutent 80 enfants

Pour l’administration pénitentiaire française, c’est un peu le scénario du pire. Déjà confrontées à la difficile surveillance des 1074 détenus de droit commun musulmans repérés comme radicalisés, et aux conditions strictes de détention imposées aux 502 personnes incarcérées pour terrorisme, les prisons françaises devront sans doute accueillir la cinquantaine de combattants ou sympathisants de l’Etat islamique (Daech) – dont une moitié de femmes – aujourd’hui toujours détenus en Irak ou en Syrie. La porte aux rapatriements de ces «revenants» a été ouverte la semaine dernière par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. «D’abord, ce sont des Français avant d’être des djihadistes», a-t-il confirmé, en rappelant que leur incarcération sera quasi automatique dès leur entrée sur le territoire.

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Au-delà de l’envoi immédiat en prison – sans doute dans l’une des quatre centrales dotées de quartiers d’évaluation de la radicalisation – le casse-tête judiciaire s’annonce très sérieux. Sur cette cinquantaine de djihadistes français aujourd’hui internés en Syrie et en Irak, le plus souvent aux mains des forces kurdes (qui reçoivent des fonds de la France pour subvenir aux moyens de leur centre de détention), seul un petit nombre a été jugé.

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C’est le cas de Melina B., cette mère de trois enfants de 27 ans, condamnée en juin 2018 par le tribunal de Bagdad à 20 ans de prison et aujourd’hui incarcérée en Irak, où elle a pu garder avec elle sa fille cadette de 2 ans, ou de Djamila B., âgée de 29 ans, condamnée en avril à la perpétuité. Les procès se font par contre attendre pour les djihadistes les plus exposés comme Adrien G, l’une des voix françaises de Daech, Thomas B. ou Thomas C… tous incarcérés au Kurdistan et dûment identifiés comme des combattants par les services de renseignement français. La perspective de procès successifs après leur retour en France est donc bien réelle, alors que la justice doit déjà juger, à partir de 2020, les complices des terroristes de Charlie Hebdo en janvier 2015, et Salah Abdeslam, seul membre survivant des commandos du Bataclan en novembre 2015… On voit bien, en Belgique, l’émoi que suscite le procès fleuve du djihadiste français Mehdi Nemmouche, présumé auteur de la fusillade contre le musée juif de Bruxelles en 2014. Un procès entamé le 10 janvier et qui doit s’achever en mars.

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Une saga empoisonnée

Cette saga judiciaire s’annonce d’autant plus empoisonnée qu’elle est compliquée à deux titres. La première difficulté porte sur le contexte de leur rapatriement. Jusque-là, les autorités françaises avaient préféré confier le traitement de ces djihadistes aux Kurdes, après avoir obtenu des garanties de procès «équitables». Or le départ programmé des troupes américaines qui assuraient la stabilité militaire au Kurdistan a rebattu les cartes et les Kurdes ne veulent plus jouer les geôliers. Il faudra dès lors évacuer ces ex-combattants et sympathisants, avec ce que cela suppose de risques et de possibilités juridiques pour la réouverture de procédures en France.

Plus compliqué encore: la gestion des familles puisque environ 80 enfants en bas âge viennent s’ajouter à la cinquantaine d’adultes susceptibles d’être rapatriés. Faut-il placer ces mineurs dans des centres? Ou les remettre à leurs familles? Le cauchemar des «revenants» ne fait que commencer.

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