Tous les ingrédients du drame ont un air désagréable de déjà-vu. Un pays aux ambitions nucléaires préoccupantes et au verbe outrancier, de jeunes journalistes, femmes et ressortissantes des Etats-Unis sous les verrous, un procès aux allures de stratagème et Washington prenant l’affaire très au sérieux…

Travaux forcés

Emprisonnée en Iran en janvier, Roxana Saberi, journaliste irano-américaine, avait été condamnée le 13 avril dernier à 8 ans de prison pour espionnage avant d’être finalement libérée le 11 mai. Euna Lee et Laura Ling auront-elles cette chance? Toutes deux, la première Américano-Coréenne et la seconde Sino-Américaine, ont été condamnées lundi à 12 ans de travaux forcés par la justice nord-coréenne pour «crime grave». Elles avaient été interpellées le 17 mars à la frontière sino-coréenne, où elles enquêtaient pour le compte de Current TV, une chaîne basée à San Francisco et co-fondée par l’ancien vice-président américain Al Gore.

L’objet de leur reportage n’est pas certain: pour des médias américains, elles s’intéressaient à la traite des femmes nord-coréennes en Chine, pour d’autres aux réfugiés nord-coréens. Les circonstances de leur arrestation aussi restent obscures: d’après Pyongyang, les deux journalistes se seraient illégalement introduites en Corée du Nord. Personne, bien sûr, n’est en mesure de dire si Euna Lee et Laura Ling ont vraiment franchi la frontière, ou si les forces de sécurité nord-coréennes sont venues les cueillir côté chinois.

Quinze jours après le tonitruant essai nucléaire de Pynongyang et alors que les diplomaties débattent de la manière dont le Conseil de sécurité de l’ONU devra sanctionner la provocation, la mise au fer des deux journalistes est cause d’embarras pour l’administration américaine. Elle s’est montrée peu diserte à leur sujet ces dernières semaines. Si elle donne libre cours à son inquiétude depuis la condamnation et en appelle à la clémence de la Corée du Nord, elle martèle, pour éviter tout marchandage, que cette affaire doit rester dissociée du dossier nucléaire. Pas sûr que Pynongyang l’entende de cette oreille.