Le tribunal civil, qui avait été saisi par le gouvernement du Premier ministre Abhisit Vejjajiva, a estimé que les autorités disposaient déjà d’une loi de sécurité intérieure (ISA) lui permettant notamment de confier aux militaires la conduite des opérations de maintien de l’ordre. Samedi, plusieurs dizaines de milliers de «chemises rouges» paralysent un quartier touristique de Bangkok.

Les partisans de l’ex-Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra exigent la tête d’Abhisit Vejjajiva et l’organisation d’élections anticipées. Le mouvement, toujours solide après une vingtaine de jours de lutte et malgré une chaleur écrasante, s’est concentré cette fois autour d’un carrefour majeur de Bangkok où sont établis des hôtels de luxe, des centres commerciaux et un célèbre lieu de prière, le sanctuaire d’Erawan.

Provoquer les autorités

«Ils provoquent les autorités afin qu’elles utilisent la force pour les disperser», a assuré Abhisit lors d’une conférence de presse en préconisant le dialogue pour obtenir l’évacuation du quartier avant «d’envisager» des méthodes coercitives.

Les «rouges», qui s’appuient notamment sur les paysans du nord et du nord-est de la Thaïlande, accusent Abhisit de servir les élites traditionnelles de Bangkok et exigent son départ immédiat. Soutenu par l’armée et une coalition parlementaire, ce dernier n’a pour l’instant évoqué qu’une possible démission en fin d’année.

«Notre patience s’amenuise mais, par patriotisme, nous devons rester non-violents», a déclaré Jatuporn Prompan, un des leaders «rouges». «La dissolution est l’issue politique à la crise la plus adaptée, car c’est une solution sans violence et qui n’avantage ni ne désavantage personne», a renchéri un de ses camarades, Veera Musikapong.

La manifestation est intervenue au lendemain d’un mouvement de protestation initié par l’industrie touristique qui demande un règlement rapide de la crise pour permettre au secteur, riche pourvoyeur de devises étrangères, de reprendre une activité normale.

«Rouges» contre «jaunes»

Le pays est constamment secoué par les mouvements des «rouges» et de leurs adversaires royalistes et anti-Thaksin, les «chemises jaunes», un signe de la profonde fracture qui divise le royaume depuis 2006.

L’an passé, des manifestations des «rouges» avaient fait deux morts et plus de 120 blessés. Fin 2008, les «jaunes» avaient bloqué les aéroports de Bangkok pendant neuf jours, piégeant des centaines de milliers de touristes.

L’opposition réclame le retour à l’ordre constitutionnel en vigueur avant le coup d’Etat militaire de 2006 contre Thaksin, qu’elle considère comme le seul homme politique à s’être jamais préoccupé du sort des masses rurales.

L’ancien magnat des télécommunications est en revanche détesté par l’establishment qui dénonce son affairisme, son népotisme et la «menace» qu’il représente contre la monarchie. Thaksin vit en exil depuis 2008 pour échapper à une peine de prison pour malversations financières. Depuis le début du mouvement, il s’adresse tous les soirs à ses partisans par vidéo conférence.