Selon certaines rumeurs relayées par Al-Jazira et Al-Arabiya, Mouammar Kadhafi aurait quitté la Libye pour le Venezuela ou le Brésil et transféré certains de ses fonds hors des frontières du pays. Le fils du dirigeant a pourtant nié ce départ dimanche. Seïf Al-Islam a même affirmé que le peuple devait choisir soit de construire une «nouvelle Libye» soit de plonger dans la «guerre civile». Dans le même temps, les affrontements ont gagné la capitale, Tripoli.

Le clan Kadhafi avait laissé entendre qu’il ne fuirait pas, relève Le Post. Dans le journal saoudien Asharq Alawsat – cité par le Guardian – un proche du leader libyen a déclaré: «Nous mourrons tous sur le sol libyen.» Pourtant, jamais depuis la prise de pouvoir du colonel, il y a quarante et un ans, le régime n’a semblé si fragile. «Pour Kadhafi, c’est tuer ou être tué», résume l’écrivain proche de l’opposition Ashour Shamis dans le quotidien britannique. «Après quatre décennies, le temps des Kadhafi semble condamné à mal se terminer», estime pour sa part Rue89, qui raconte toute la trajectoire du colonel: «Une histoire rocambolesque et tragique, conduite par un homme qui s’est pris pour Che Guevara, pour terminer en vieux despote vérolé déconnecté de la réalité de son peuple et de son temps.»

Pour Die Zeit, il n’est ainsi pas étonnant «que la jeunesse libyenne soit nerveuse», comme l’ont très bien montré des images d’amateurs dimanche soir à la TSR. Traduit par Eurotopics, un réquisitoire de l’hebdomadaire libéral allemand explique que «les jeunes qui connaîtront la fin du pétrole et du gaz quittent déjà les bancs de l’école. Et ils se demandent ce qu’il adviendra d’eux et de leur avenir. Car la vieille garde occupe toujours à Tripoli de nombreux postes clés du pouvoir. On les reconnaît à leurs crinières blanches et aux odes compliquées dédiées à la glorieuse clairvoyance de leur «frère dirigeant». Sans être inquiétés, ils continuent de présider à l’échec de leur propre politique. Car aucun pays arabe en dehors de l’Algérie n’a dilapidé ses richesses naturelles comme l’ont fait Kadhafi et ses fidèles en Libye. Plus de 90% de la main-d’œuvre libyenne est employée par l’Etat à des salaires dérisoires. La privatisation n’avance pas. La vie publique est caractérisée par une paralysie bureaucratique, une paresse systématique et un appareil sécuritaire hypertrophié.»

Le colonel Kadhafi a dirigé ce que Nord-Eclair appelle un «Ex-Etat paria devenu incontournable» d’une main de fer et a «étouffé la liberté d’opinion ainsi que toute activité d’opposition», confirme le quotidien libéral Turun Sanomat. Reste que, «contrairement à d’autres régimes contestés du monde arabe, le régime libyen, même s’il est aujourd’hui chancelant, n’est pas encore près de tomber», estime le blog «Citoyenneté responsable» hébergé par la Tribune de Genève, journal qui déjà, samedi, prétendait que s’il parvient «à se maintenir au pouvoir, ce sera uniquement en noyant les contestataires dans le sang». Car «Kadhafi est une machine à survivre politiquement», prétend Antoine Vitkine, journaliste et auteur du documentaire Kadhafi, notre meilleur ennemi, sur Lemonde.fr. Malgré tout, serait-il en train de vaciller? Pour El Watan, en Algérie, la réponse est oui… Pour Le Temps, en Tunisie, «Kadhafi a peur». Et pendant ce temps, en Italie, La Stampa craint qu’une chute du chef de l’Etat n’entraîne «un gigantesque flux de réfugiés qui prendrait l’Europe au dépourvu»…