Boxeur, Ramzan Kadyrov aime se faire photographier en train de cogner. En février dernier, il avait même convoqué la presse étrangère pour une visite d'un centre sportif. Le cheveu court, le regard fixe, les muscles à vif, il avait alors enfilé les gants de boxe et s'était donné en spectacle. Trois mois plus tard, c'est un tout autre visage que Ramzan Kadyrov a montré dimanche soir. Il avait du mal à cacher ses larmes. Son père, Akhmad Kadyrov, le président de Tchétchénie, venait d'être tué dans un attentat à la bombe à Grozny, la capitale de la petite république du Caucase. Il était réconforté par Vladimir Poutine, le président russe qui le recevait en personne au Kremlin.

Bien peu à Grozny et dans le reste du pays pleurent aujourd'hui sur le sort de Ramzan Kadyrov. Au fil du conflit tchétchène, le plus influent des quatre fils de l'ex-président avait changé de camp en même temps que son père. Alors que pendant la première guerre de Tchétchénie (1994-1996), ils comptaient parmi les séparatistes, ils ont tous deux rejoint le clan pro-Moscou lors du lancement en 1999 de la deuxième guerre, reprochant aux indépendantistes de s'être trop liés aux extrémistes musulmans. Alors que beaucoup considèrent Ramzan Kadyrov comme un traître, quelques anciens rebelles lui sont depuis restés fidèles. Ils ont formé le cœur de la milice que Kadyrov junior a créée pour assurer la protection de son père. Ce sont les kadyrovtsy, entre 1500 et 3000 hommes armés jusqu'aux dents, dont la véritable mission est de mener bataille contre les séparatistes.

Lors de sa rencontre avec la presse en février, Ramzan Kadyrov avait avoué rêver de tuer en personne Aslan Maskhadov et Chamil Bassaïev, les leaders indépendantistes. «Le prophète a dit que c'était un devoir sacré de tuer chacun d'eux», a-t-il déclaré, selon les journalistes présents lors de la visite du centre sportif. Mais Ramzan Kadyrov avait refusé de leur montrer une ferme voisine soupçonnée par les organisations de défense des droits de l'homme d'être un centre de détention et de torture. Car, à travers le pays, les kadyrovtsy inspirent peur et haine. Nombreux sont les récits de Tchétchènes battus lors de prétendues opérations anti-rebelles. Des violences auxquelles s'adonnerait régulièrement Ramzan Kadyrov lui-même. «C'est un homme extrêmement cruel», raconte Anna Politkovskaya, une journaliste russe réputée pour ses reportages en Tchétchénie. «J'ai rencontré plusieurs personnes qui m'ont dit que Ramzan Kadyrov les avait torturés personnellement.»

Depuis la mort de son père, Ramzan Kadyrov est présenté à Moscou comme un possible successeur. Il n'a que 28 ans et la Constitution pose un âge limite (30 ans) pour le poste de président. Mais, dans une république ou le droit ne compte guère, un amendement pourra facilement être obtenu pour assurer l'élection de Kadyrov junior. Une perspective que Kavkaz-Tsentr, le site Internet des indépendantistes, a déjà ainsi commentée: «Cela sera un grand succès pour Moscou si Ramzan Kadyrov reste vivant jusqu'à l'élection.»