Etats-Unis

Kamala Harris, l’espoir des démocrates pour 2020

La campagne promotionnelle d’Hillary Clinton pèse sur les démocrates, qui cherchent à tourner la page. Les regards se tournent toujours plus vers la sénatrice de Californie, pressentie pour les élections présidentielles de 2020

Et si c’était elle? Opposante tenace à Donald Trump, Kamala Harris, sénatrice démocrate de Californie, apparaît toujours plus comme la candidate toute désignée aux élections présidentielles de 2020. Celle qui redonnera du pep au Parti démocrate, en pleine crise d’identité après la défaite de Hillary Clinton. Brillamment élue en Californie, Kamala Harris est pugnace et combative. Elle a déjà rencontré les principaux donateurs de Hillary Clinton, a engagé des anciens membres de son staff, et levé plus de 600 000 dollars de fonds pour son parti.

La gaffe de Barack Obama

C’est une des personnalités, centriste, que les démocrates souhaitent mettre en avant. La campagne promotionnelle de Hillary Clinton pour son nouveau livre What happened, dans lequel elle revient sur sa défaite et règle ses comptes avec Donald Trump, l’ancien patron du FBI mais également Bernie Sanders, empêche pour l’instant au parti de tourner la page et regarder vers l’avenir.

Les démocrates ont besoin de sang neuf. Kamala Harris est visiblement prête à faire briller son étoile. Même si elle se drape dans le silence, et refuse toutes sollicitations des médias.

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Même Barack Obama l’a propulsée en avant, bien maladroitement. La qualifiant de «coriace», «dévouée» et «brillante», l’ancien président démocrate avait, lors d’une collecte de fonds à San Francisco en 2013, ajouté: «Il se trouve qu’elle est aussi de loin la personne avec la plus belle apparence à occuper un poste de ministre de la Justice dans tout le pays». Une phrase jugée sexiste qui l’a contraint, le lendemain, à lui présenter des excuses par téléphone.

Âgée de 52 ans, Kamala Harris est née d’un père jamaïcain, professeur d’économie à l’Université de Stanford, et d’une mère indienne, chercheuse dans le domaine du cancer du sein. Elle a été procureure générale de Californie de 2011 à début janvier 2017, jusqu’à son élection comme sénatrice. Hostile à la peine de mort, pro mariage pour tous, elle a aussi contribué à la réinsertion de petits délinquants, en leur proposant une formation professionnelle plutôt que de remplir les cellules des prisons.

Traitée d’hystérique

Au Sénat, elle siège notamment au sein de l’influente commission du Renseignement, celle qui enquête sur l’affaire de l’ingérence russe pendant la présidentielle américaine. Et quand elle veut obtenir quelque chose, elle n’est pas du genre à lâcher son os. Le 7 juin, lors de l’audition de Rod Rosenstein, l’adjoint du ministre de la Justice, elle était prête à tout pour qu’il réponde clairement à la question de savoir s’il était prêt à signer une lettre qui garantirait au procureur spécial Robert Mueller de pouvoir mener l’enquête russe en toute indépendance.

«Oui ou non?», lui a-t-elle lancé à plusieurs reprises, alors qu’il tentait d’éviter de répondre. Agacé par sa méthode, le sénateur républicain John McCain est intervenu auprès du président de la commission pour la faire taire. Et Rod Rosenstein n’a pas répondu à la question.

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Rebelote avec le ministre de la Justice, Jeff Sessions, qui n’a pas goûté non plus à l’acharnement de Kamala Harris. «Cela me rend nerveux d’être ainsi pressé de questions», avait lâché Jeff Sessions. Une fois encore, John McCain est intervenu pour la calmer. Sur CNN, la sénatrice s’est fait qualifier d'«hystérique» par Jason Miller, bref directeur de communication de Donald Trump.

Sur son profil Facebook, la démocrate a écrit: «Les femmes du Sénat ne seront pas réduites au silence quand elles poursuivent la vérité». Le leader de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a volé à son secours en soulignant que «parfois les hommes n’aiment pas les femmes qui sont plus intelligentes qu’eux».

Si la pugnacité et le franc-parler de celle qui est trop facilement qualifiée de «Barack Obama au féminin» ont de quoi impressionner, elle n’a toutefois pas que des admirateurs. Dans un féroce texte d’opinion publié dans le New York Times, Ayaan Hirsi Ali et Asra Nomani s’en prennent à elle et lui reprochent… son silence. La première est une ex-réfugiée somalienne aux Pays-Bas, victime d’un mariage forcé, qui lutte notamment contre l’excision. La deuxième est une immigrée indienne, ex-journaliste au Wall Street Journal, qui a défié la charia en ayant eu enfant hors mariage.

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Toutes deux ont été menacées de mort. Elles étaient auditionnées en juin par une commission du Sénat à propos d’islam politique, d’islamisme et de conditions de la femme. «Tout comme nous sommes invisibles pour les mollahs à la mosquée, nous étions invisibles aux yeux des femmes démocrates au Sénat», écrivent-elles. Elles reprochent notamment à Kamala Harris, chantre de la défense des droits des femmes, de ne pas s’intéresser aux injustices faites aux musulmanes.

Un des défis de Kamala Harris sera de voler la vedette – et ses électeurs – au sénateur indépendant Bernie Sanders, qui aura 79 ans en 2020. Elle vient déjà d’esquisser un rapprochement, tactique, en parrainant son projet de système de santé à payeur unique. Tout comme, d’ailleurs, les sénateurs Cory Booker (New Jersey), Elizabeth Warren (Massachusetts) et Sheldon Whitehouse (Rhode Island), qui sont eux aussi perçus comme des candidats probables à l’investiture démocrate pour 2020.

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