Très attendu, le débat entre le vice-président Mike Pence et Kamala Harris, la colistière du candidat démocrate Joe Biden, à Salt Lake City (Utah), s’est déroulé dans les circonstances les plus particulières. Parce que Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche sans être guéri du Covid-19 et pressé de reprendre sa campagne, se répand en propos sur le coronavirus qui ont de quoi laisser perplexe. Et que la liste des «covidés» de la Maison-Blanche ne cesse de s’allonger. Mercredi soir, des mesures spéciales ont été prises pour protéger les débatteurs. Ils ont été placés à 3,6 mètres de distance. Et étaient séparés par des parois en plexiglas.

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«Pom-pom girl de la Chine communiste»

Le coronavirus, qui a déjà causé la mort de plus de 210 000 Américains, a logiquement dominé le débat. Kamala Harris a attaqué d’emblée. «Les Américains ont été témoins de ce qui est le plus gros échec de toute administration présidentielle dans l’histoire de notre pays», a-t-elle asséné, en critiquant vivement la gestion de la pandémie par Donald Trump. Mike Pence s’est défendu en insistant sur le fait que le président avait très tôt fermé les frontières avec la Chine, «ce qu’aucun autre président américain n’a jamais fait». Il n’a, par contre, pas vraiment répondu à la question de la modératrice Susan Page (USA Today) à propos des règles de distanciation sociale qui n’étaient jusqu’ici pas respectées à la Maison-Blanche. Il s’est contenté de dire que les Américains devaient être libres d’agir comme ils l’entendent.

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Alors que le premier débat présidentiel entre Donald Trump et Joe Biden avait tourné à la cacophonie, celui des «vice-présidents» a donné lieu à des interventions plus courtoises, avec surtout plus d’échanges de fond sur des sujets phares comme l’économie, l’assurance santé, la Chine, les problèmes raciaux, la Cour suprême ou l’intégrité des élections. «Nous devons rester loyaux envers nos alliés. Ce que nous avons vu avec Donald Trump, c’est qu’il a trahi nos amis et fait ami-ami avec les dictateurs à travers la planète», a répondu Kamala Harris à une question sur sa définition du leadership américain en 2020.

Si la démocrate a déjà su démontrer ses qualités de bonne oratrice et sa pugnacité, souvent avec un grand sourire, Mike Pence, bien préparé, n’a pas hésité, avec son flegme, à lui lancer quelques fléchettes, ainsi qu’à Joe Biden. A propos de la Chine notamment. «Joe Biden est une pom-pom girl pour la Chine communiste», a-t-il dénoncé. Pendant ce temps, Donald Trump, à la traîne dans les sondages, faisait des commentaires en direct sur Twitter, en félicitant son dauphin et accusant Kamala Harris d’être une «machine à gaffes», des termes jusqu’ici utilisés pour Joe Biden. La twittosphère s’est aussi intéressée à une mouche restée posée pendant très exactement deux minutes sur la chevelure blanche de Mike Pence.

Une première femme vice-présidente?

La démocrate n’a rien lâché. Elle a notamment rappelé que le président américain avait, lors du débat qui l’opposait à Joe Biden, explicitement refusé de condamner les suprémacistes blancs. Mike Pence ne s’est pas laissé faire. «Donald Trump a condamné le Ku Klux Klan et les suprémacistes blancs», a-t-il plaidé. Ce qui est vrai. Sauf qu’il l’a fait après le débat, alors que les critiques montaient. Mike Pence a insisté sur le fait que Joe Biden allait «dès le premier jour» augmenter les impôts, et a tenu un discours en faveur des forces de l’ordre et de l’armée. Il a voulu jouer dans le registre de l’émotion en évoquant l’otage américaine Kayla Mueller décédée en 2015. Ses parents pensent qu’elle aurait été encore vivante avec le président Trump, a-t-il lâché, en vantant l’opération qui, en octobre 2019, a conduit à l’élimination du chef de l’Etat islamique Abou Bakr al-Baghdadi, tortionnaire de la jeune femme.

Ces derniers jours, Mike Pence devait se tenir prêt à remplacer Donald Trump en cas d’aggravation soudaine de son état de santé. Kamala Harris est, elle, dans la posture particulière de celle qui devrait seconder un homme qui, en cas d’élection, serait à 78 ans le président le plus âgé à entrer en fonction. Tout les sépare. Mike Pence, conservateur, plutôt lisse, représente ces évangéliques blancs qui ont contribué à porter Donald Trump au pouvoir, et est férocement anti-avortement. Kamala Harris, enjouée, met ses racines indiennes et jamaïcaines en avant, défend les minorités et des valeurs de gauche, et s’appuie beaucoup sur son passé de procureure.

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Selon un sondage de CNN, Kamala Harris sort gagnante du débat, à 59% contre 38% pour Mike Pence. Un jugement un peu sévère pour le vice-président. Bien moins virulent que le président, il est resté, malgré ses piques, dans un registre respectueux, allant jusqu’à féliciter son adversaire pour sa «nomination historique», comme première colistière noire d’un parti. La démocrate n’est d’ailleurs que la troisième femme à arriver à ce niveau-là de la campagne. En cas d’élection, elle serait la première femme à accéder au poste de vice-présidente.