Bien réel, l’événement inspirera-t-il prochainement un scénariste d’Hollywood? Le kamikaze qui, ces jours-ci, devait faire exploser une bombe à bord d’un avion à destination des Etats-Unis travaillait en réalité pour la CIA. Cet agent infiltré a non seulement remis aux services secrets américains l’engin explosif d’un type nouveau qu’il devait porter dans son slip, mais il leur a fourni des informations stratégiques sur la branche d’Al-Qaida opérant au Yémen. Ni son nom ni sa nationalité n’ont été révélés, mais l’homme, travaillant pour les services secrets d’Arabie saoudite, étroitement associés à ses homologues américains, serait à présent en lieu sûr dans ce pays.

Lundi, l’agence Associated Press a annoncé que la CIA avait déjoué un projet d’attentat visant à faire exploser en vol un avion de ligne au moment du premier anniversaire de l’assassinat d’Oussama ben Laden, le 1er mai. Mardi, la presse américaine a révélé le rôle de l’agent double et la réussite de ce formidable coup monté, «une des opérations les plus audacieuses que j’ai jamais vues», selon Peter King, président de la Commission de la sécurité intérieure de la Chambre des représentants, cité par le New York Times.

L’agent double aurait aussi fourni des renseignements cruciaux qui ont permis, dimanche, dans l’est du Yémen, le raid aérien qui a tué un responsable d’al-Qaida pour la péninsule Arabique (AQPA), le Yéménite Fahd Al-Quso, recherché pour l’attentat contre un bâtiment de guerre américain, le USS Cole, en 2000.

L’explosif qui devait être utilisé est en cours d’analyse dans les laboratoires de la CIA. Ne contenant aucun métal, il concrétiserait le «perfectionnement» du dispositif qui n’avait pas fonctionné dans le vol Amsterdam-Detroit, le jour de Noël 2009. L’auteur de cet attentat manqué, Oumar Farouk Abdulmuttalab, un Nigérian de 23 ans, a été condamné en février à la prison à perpétuité. Cette fois, l’engin aurait disposé d’un double système de mise à feu.

Génie artificier

Les responsables du renseignement américain estiment que cette nouvelle formule d’explosif résulte de l’intervention d’Ibrahim Hassan al-Asiri, l’artificier d’AQPA. «Asiri est un génie du mal, il étend sans cesse ses activités, il s’adapte constamment», dit de lui le représentant Peter King, cité par le Washington Post. Les procédures de contrôle dans les aéroports américains n’ont, pour l’heure, pas été modifiées. Selon les experts, le nouvel explosif aurait «probablement» été repéré par les dispositifs de détection en service dans les aéroports américains, mais pas nécessairement en Europe.