La police indonésienne a affirmé dimanche que les deux kamikazes responsables du double attentat suicide ayant tué au moins huit personnes vendredi dans deux hôtels de luxe de Jakarta étaient des membres de la Jemaah Islamiyah (JI), un réseau terroriste actif en Asie du Sud-est et lié à Al-Qaïda.

»Nous confirmons que les kamikazes font partie de la Jemaah Islamiyah parce qu’il y a des similarités» entre les bombes utilisées vendredi et celles ayant servi lors des précédentes attaques du groupe, a déclaré à la presse un porte-parole de la police, Nanan Soekarna.

Il a précisé que l’un des deux kamikazes avait été identifié. «Je ne peux pas vous révéler son identité complète mais il porte l’initiale ’N’. Et un autre corps est en cours d’identification», a ajouté le porte-parole, en indiquant qu’ils étaient tous deux de sexe masculin.

Les deux attentats n’ont pas été revendiqués mais les enquêteurs ont rapidement estimé qu’il étaient «clairement liés» au groupe clandestin de Noordin Top, un islamiste radical tenu responsable de plusieurs actes terroristes perpétrés au nom de la JI en Indonésie ces dernières années, selon un haut-responsable de l’anti-terrorisme.

Ce Malaisien est «l’homme le plus recherché d’Asie du Sud-est» depuis les attentats attribués au réseau terroriste Jemaah Islamiyah (JI) qui avaient ensanglanté l’Indonésie au début de la décennie. »Il y a de fortes indications que le groupe de Noordin Top soit derrière les attaques», a déclaré samedi à l’AFP Ansyaad Mbai, le chef du service anti-terrorisme au ministère de la Sécurité.

Kamikazes

Le modus operandi suivi par les kamikazes qui se sont faits exploser dans deux salles de restaurants des hôtels Marriott et Ritz Carlton est conforme aux tactiques employées par le passé par la JI, selon lui. De plus, les bombes sont «identiques» à des engins explosifs découverts il y a quelques jours par la police dans une maison qui aurait servi de cachette à Noordin Top à Cilacap (ouest de l’île de Java), a expliqué M. Mbai.

Noordin Top, un ancien comptable âgé de 40 à 50 ans, est considéré comme l’un des principaux organisateurs des attentats meurtriers de Bali (202 morts en 2002, 20 morts en 2005), de l’hôtel Marriott de Jakarta (12 morts en 2003) et de l’ambassade d’Australie (10 morts en 2004).

Cette vague d’attentats a pris fin en 2005 avec l’arrestation de centaines de militants et de sympathisants de la JI. Mais, en dépit de la mobilisation des autorités indonésiennes, soutenues activement par les Etats-Unis et l’Australie, Noordin Top a réussi à échapper à la traque policière. Dissidence de la JI. Certains experts estiment qu’il agit désormais indépendamment, «en dissidence de la JI», selon Sidney Jones, spécialiste reconnue du terrorisme islamique en Asie du Sud-est.

Pour M. Mbai, cette mouvance radicale «est politiquement et idéologiquement motivée» dans sa détermination «à établir un Etat islamique» en Asie du Sud-est. «Même si leurs leaders sont arrêtés, ils n’arrêteront jamais», prévient-il. Leur cause est cependant très impopulaire en Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, où l’immense majorité pratique un islam modéré et rejette le recours à la violence.

Le président Susilo Bambang Yudhoyono, récemment réélu pour un second mandat de cinq ans, a assuré que le retour du terrorisme ne menacerait pas la stabilité et le développement économique du pays, même si le tourisme pourrait être affecté. Niveau de sécurité relevé

Par mesure de prévention, les autorités ont appelé les grands hôtels et les centres commerciaux à relever leur niveau de sécurité, qui s’était assoupli ces dernières années. 500 militaires ont également été mobilisés pour prêter main forte à la police, si besoin est.

Le niveau de vigilance a été également augmenté en Malaisie et aux Philippines, par crainte que des groupes radicaux locaux ne suivent l’exemple des kamikazes de Jakarta. Voisine de l’Indonésie, l’Australie a pour sa part réagi en mettant en garde ses touristes, nombreux à se rendre à Bali. Bilan revu à la baisse

Le ministère indonésien des affaires étrangères a revu à la baisse samedi le bilan de l’attentat. Quatre étrangers, un Indonésien et trois personnes non encore identifiées sont mortes. Parmi les étrangers figurent au moins deux hommes d’affaires australiens un néo-Zélandais et un Singapourien. Dix-huit des 55 blessés sont également étrangers, selon le ministère de la Santé. Selon Berne, aucun Suisse ne figure parmi les victimes.