Deux semaines après la reprise des combats entre Azerbaïdjan et Arménie, la clameur des armes couvre toujours les palabres diplomatiques. Se défendant vaillamment mais subissant de lourdes pertes face à un adversaire mieux armé, les Arméniens, bien qu’occupant 20% du territoire azerbaïdjanais, dominent en revanche sur le front de l’information. L’adroit narratif d’Erevan peint l’Arménie chrétienne comme la victime d’une double agression encerclante turco-azerbaïdjanaise (donc musulmane), à laquelle se seraient joints des «terroristes» syriens.

De facto, l’Arménie, et plus encore la république séparatiste autoproclamée du Haut-Karabakh, fait face à un péril existentiel. L’angoisse des Arméniens se nourrit d’un passé terrible: le génocide de 1915, l’entente soviéto-turque de 1920 qui a démoli la 1re République d’Arménie, puis les pogromes de 1988 à Soumgaït et de 1990 à Bakou, les menaces répétées de nettoyage ethnique proférées à Bakou et le négationnisme du génocide professé par Ankara.