L'homme a les mains plongées dans la décharge. En arrière-plan, la masse noire du terril de Lubumbashi, la capitale de la province minière du Katanga, bouche l'horizon. La grande mine de la ville, détentrice d'importantes réserves de cuivre et de cobalt, est toujours son poumon économique. Et tout ce que l'extraction minière industrielle ne retient pas est convoité ici par une nuée de «ramasseurs»: débris de cuivre, un minerai dont la teneur en cobalt est particulièrement élevée... Le terril de Lubumbashi accueille jour et nuit des dizaines de dos voûtés, penchés à fouiller les entrailles et les immondices. Dans l'espoir de retirer de leurs trouvailles quelque argent.

La scène est ordinaire dans la capitale du Katanga, dont la caractéristique est d'être à la fois l'une des provinces au sous-sol le plus richement doté, et le bastion électoral de l'actuel chef de l'Etat congolais, Joseph-Désiré Kabila, l'un des 33 candidats au scrutin présidentiel du 30 juillet prochain. Autre exemple de l'envers du décor minier en République démocratique du Congo: le spectacle qui survient chaque nuit dans le parc du collège des pères salésiens de Lubumbashi. Armés de pelles et de pioches, des centaines de «creuseurs» sautent le grillage d'enceinte pour attaquer le sous-sol, tels des termites humains: «Si le Congo était un pays ordinaire, cette richesse de la terre ferait notre bonheur, résume Jean-Marie Kraut, de l'Université du Katanga. Mais en réalité, elle ne fait que notre malheur.»

Esclavage d'enfants

L'approche du scrutin présidentiel et législatif n'a fait qu'amplifier le phénomène. A Lubumbashi, le parti du président Kabila s'est officiellement félicité fin 2005 de la coopération étroite avec plusieurs entreprises minières connues pour dégrader l'environnement, et faire peu de cas des droits de leurs ouvriers. Car le Congo et ses richesses attirent toutes sortes d'aventuriers. La Gécamines, l'ancienne société nationale minière de l'époque Mobutu, a été dépecée au fil des «privatisations». Des entreprises chinoises, pakistanaises et indiennes se sont installées à côté des ultimes survivants de l'époque coloniale belge, comme l'entrepreneur George-Arthur Forrest, cité dans plusieurs rapports d'organisation de défense des droits de l'homme pour sa collusion avec les autorités.

Dans leurs concessions minières, les seuls droits respectés sont ceux du propriétaire qui se fait obéir par milices en armes interposées: «Dans plusieurs localités, des collectifs de mamans sont venus nous informer des sévices subis par leurs enfants obligés de travailler dans les galeries», explique sœur Justine, une religieuse catholique, animatrice de la maison des femmes «Anuarite». Problème: lorsque des travailleurs sociaux se sont présentés sur les lieux, les enfants avaient disparu. «La municipalité, la province, tout le monde ferme les yeux, poursuit sœur Justine. Car à part cet esclavage minier, surtout hors de Lubumbashi, le Katanga n'a aucun travail digne de ce nom à offrir. Quand aux militaires, ils sont complices. Beaucoup mettent leurs armes à la disposition des sociétés qui les paient pour monter la garde.»

Pollution au plomb

Dans la ville même, l'exploitation des entrailles du sous-sol ruine la qualité de vie. Sur le site d'une exploitation de la société Somica, des pics anormaux de teneur en plomb dans l'eau ont été relevés. La compagnie incriminée s'est même retrouvée traînée en justice. Sans résultats: «Ses responsables ne se sont même pas présentés au tribunal», assène Freddy Banza, un activiste. Et les militants de l'association évangélique Ganve, qui avaient dénoncé cette situation, ont reçu des menaces de mort. «Les entreprises minières sont hors des lois au Congo, conclut un militant des droits de l'homme. Elles ne sont pas au service du pays. C'est le pays qui est à leur service.»