Un tsunami. «Notre tsunami.» Le titre traverse la page d'accueil du Sun Herald de Biloxi. Le mot est d'abord sorti de la bouche du maire, A. J. Holloway. Quand le jour s'est levé mardi matin sur la côte du Mississippi, la catastrophe est devenue aveuglante. Sur le front de mer, de Biloxi vers Gulfport, à l'ouest, puis vers Bay Saint Louis, des centaines de maisons ont été détruites. Des centaines? C'est ce que disent aux journalistes du Sun Herald les habitants de ce long bord de mer construit, d'une cinquantaine de kilomètres, limité à l'est et à l'ouest par deux petites baies du golfe du Mexique.

Il n'y a plus de téléphone, plus d'électricité. Les routes sont coupées. Des segments du freeway, l'US 90, qui longe la mer, sont sous l'eau, d'autres envahis par le sable. Les morts se comptent sans doute par dizaines: 50, 80, davantage, avançait mardi le gouverneur Haley Barbour. Mais on ne sait pas vraiment. Beaucoup de corps ont pu être emportés. Dans le comté de Hancock, le bâtiment du centre de secours s'est lui-même effondré d'un côté; quelqu'un a vu la trentaine d'employés sortir à la nage. A Point Cadet, tout au bout de la langue de Biloxi, l'hôpital débordé a envoyé une morgue mobile.

Des digues sautent

La presqu'île plate de Biloxi a pris de plein fouet toute la violence de l'ouragan. L'œil de Katrina a passé un peu à l'ouest, et à l'est de La Nouvelle-Orléans. La métropole de Louisiane, qui respirait un peu lundi de n'avoir pas été frappée de face, s'est aussi réveillée mardi dans la crainte. L'eau montait lentement partout dans la ville, moins dans le centre historique et des affaires, au sud, que dans sa périphérie. Des digues avaient cédé au nord, et les eaux de l'immense lac Pontchartrain, gonflées après le passage de l'ouragan, se déversaient dans les quartiers construits sous le niveau de la mer. Dans l'après-midi, le maire Ray Nagin pensait que les quatre cinquièmes de sa ville étaient inondés. Il était question de larguer des sacs de sable par hélicoptères pour tenter de colmater les brèches.

Mais l'urgence commandait d'abord d'aller récupérer, par les airs ou par barques, les habitants qui n'avaient pas suivi dimanche l'ordre d'évacuation, et qui étaient réfugiés sur les toits. «C'est une histoire horrible, que je préférerais lire plutôt que d'avoir à la vivre», disait Aaron Broussard, le président de la paroisse (entité administrative en Louisiane) de Jefferson. Dimanche, avant le désastre, le même Broussard disait dans le New Orleans Times-Picayune: «Espérons et prions!»

Les quelque 10 000 réfugiés du Superdome, le stade au centre de la ville, avaient toujours mardi l'interdiction d'en sortir. Autour, sur les places, dans les rues, il y a près d'un mètre d'eau. Sous la grande voûte, percée par Katrina, dans la chaleur et l'humidité, l'humeur de ceux qui n'avaient pas pu quitter La Nouvelle-Orléans devenait amère. L'armée distribue des rations, les ordures s'accumulent.

A Biloxi, ville de jeu, les casinos ont souffert de l'ouragan comme les maisons du front de mer. Le Hard Rock en construction, qui devait ouvrir ses portes en septembre, est en ruine. Seule la guitare géante de son enseigne est demeurée intacte, écrit le Sun Herald. Le quotidien a placé sur Internet des images qui montrent l'ampleur des destructions. Le mall local, dont la façade à colonnes abîmée se reflète dans l'eau, ressemble à une ruine orientale. Un homme tient dans ses bras le petit Sam Miller, devant sa maison bleue affaissée. Une autre photo montre un homme sortant d'un magasin dévasté avec des chaussures à la main. Un petit pillage a commencé très vite dans les décombres, et on a entendu George Payne, le shérif de Harrison (comté de Biloxi), demander à ses services de «faire de la place dans la prison».

Sur la côte du Mississippi, les habitants avaient aussi reçu un ordre d'évacuation. Beaucoup étaient restés chez eux, et ils ont vu sous leurs yeux s'effondrer leur maison. Mike Spencer, de Gulfport, a raconté son expérience à la télévision. Quand l'eau a commencé à venir, il est monté dans un canot. Puis le niveau a atteint l'attique, et Spencer s'y est réfugié. Mais l'eau venait encore. Il a dû monter dans un arbre, et sa maison a disparu sous lui. La région de Biloxi avait déjà été frappée en 1969 par l'ouragan Camille. Il avait eu alors 144 morts sur la côte du Mississippi. Lundi, l'eau est montée plus haut encore.