Le département de la justice de l'Etat du Wisconsin a précisé que la police avait reçu un appel d'une femme disant que «son petit ami» était chez elle et «n'était pas censé» s'y trouver. Une fois sur place, les agents ont d'abord tenté, «sans succès», de maîtriser Jacob Blake avec un taser. Puis un policier a tiré sept fois. L'Afro-américain a confirmé être en possession d'un couteau. Un jeune de 17 ans a par ailleurs été arrêté. Il pourrait être responsable de la mort de deux personnes lors des émeutes (LT).

Malgré les appels au calme de la mère de Jacob Blake, la petite ville de Kenosha (Wisconsin) s’embrase dangereusement. Désormais aux voitures brûlées, commerces détruits et vitrines vandalisées viennent s’ajouter des morts. Après trois jours d’émeutes, les violences de la nuit de mardi à mercredi se sont soldées par le décès de deux manifestants et une troisième personne, blessée par balles, a été hospitalisée, dans une confusion totale et alors qu’un couvre-feu était en vigueur. Des milices privées seraient-elles en train de chercher à faire régner l’ordre elles-mêmes? Selon plusieurs médias, des habitants de Kenosha sont descendus dans la rue armés, certains avec leur fusil d’assaut AR-15, déterminés à prévenir des actes de vandalisme.

Des réservistes de la Garde nationale ont été déployés. Donald Trump a également évoqué des renforts policiers. Des protestations ont par ailleurs essaimé dans d’autres villes américaines. L’affaire George Floyd, du nom de l’Afro-Américain mort asphyxié le 25 mai sous le genou d’un policier blanc, avait provoqué une onde de choc inouïe à travers tout le pays, et bien au-delà. Il y a désormais une affaire Jacob Blake, alimentée par l’indignation, la frustration. Et la colère. Un drame qui divise une fois de plus l’Amérique en deux camps, à quelques semaines d’une élection présidentielle très disputée.

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«L’épuisement d’être Noir»

Le destin de Jacob Blake a basculé dimanche vers 17h. L’Afro-Américain de 29 ans a été grièvement blessé par un policier blanc. Un passant a filmé la scène avec son téléphone portable. La vidéo est très vite devenue virale. On y voit Jacob Blake se diriger vers sa voiture, deux policiers le suivre, puis l’un tirer à bout portant, dans son dos. Sept coups de feu sont audibles. Jacob Blake a pour l’instant survécu à ses blessures, mais il serait paralysé. Sa moelle épinière a été touchée, ainsi que ses reins et son foie. Il a déjà dû subir une ablation partielle des intestins. Les deux policiers impliqués ont été suspendus.

«Alors que Jacob Blake se bat pour sa vie, on nous rappelle une fois de plus que le racisme est une crise de santé publique. Il n’y a pas de temps à perdre pour agir», a relevé Tony Evers, le gouverneur démocrate de l’Etat du Wisconsin. «Ce que nous avons vu ces dernières nuits et de nombreux soirs cette année est l’expression de la douleur, l’angoisse et l’épuisement d’être Noir dans notre Etat et notre pays», a-t-il ajouté. Joe Biden, l’adversaire de Donald Trump dans la course à la Maison-Blanche, a de son côté exigé «une enquête immédiate, poussée et transparente, et que les policiers répondent de leurs actes».

Trois fils de Jacob Blake étaient présents au moment du drame, à l’arrière de la voiture. Les circonstances exactes de la tragédie demeurent floues. Mais selon les indications de Ben Crump, l’avocat de la famille, Jacob Blake serait intervenu dans le cadre d’une dispute opposant deux femmes. Ben Crump a défendu les familles de la plupart des victimes de brutalités policières survenues ces derniers mois. Dont celle de George Floyd.

Une marche à Washington

Après la mort de George Floyd, l’espoir d’une certaine prise de conscience, du besoin urgent de réformer la police trop souvent responsable de brutalités à l’égard des Noirs, avait émergé. Cette nouvelle bavure policière a agi comme un coup de massue sur les Afro-Américains qui pensaient entrevoir une lueur de changement dans une Amérique gangrenée par le racisme institutionnel.

Doc Rivers, l’entraîneur des Los Angeles Clippers (NBA), fait partie de ceux qui ont élevé la voix. Il a fait le parallèle avec la convention républicaine qui se déroule cette semaine. «Cette situation est tellement triste. Quand on voit la convention républicaine, toute cette peur exprimée […] Mais nous sommes ceux qui se font tuer. Nous sommes ceux qui se font tirer dessus. Nous sommes ceux à qui on refuse de vivre dans certaines communautés. Nous avons été pendus. Nous avons été abattus. Et tout ce dont on continue d’entendre parler, c’est de peur?!» a-t-il dénoncé lors d’une conférence de presse d’après-match. La star du basket LeBron James a également fait part de son indignation, comme il l’avait fait lors des précédentes tragédies.

Ce nouveau drame intervient alors qu’une immense marche pour dénoncer le racisme et les brutalités policières est prévue ce vendredi à Washington, au lendemain du discours de Donald Trump pour clore la convention républicaine. Le jour exact où, en 1963, Martin Luther King avait prononcé son célèbre discours «I have a dream» devant près de 250 000 manifestants.