Le Kenya est plongé dans l'expectative. Les deux favoris de la présidentielle du 9 août se tiennent dans un mouchoir de poche. Dimanche matin, selon le décompte de la Commission électorale (IEBC) sur près de la moitié des bureaux de vote, le vice-président William Ruto menait ce coude-à-coude avec 51,25% des voix, contre 48,09% pour Raila Odinga, figure historique de l'opposition aujourd'hui soutenue par le président sortant Uhuru Kenyatta. La commision a ensuite coupé la diffusion en direct des résultats, sans donner d'explication.

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Mais un décompte du quotidien Daily Nation, citant les données officielles sur 70% des bureaux de vote, indiquait en soirée que William Ruto avait obtenu jusqu'à présent 52,54% des suffrages tandis que Raila Odinga en avait obtenu 46,78%.

Le scrutin a été marqué par un taux de participation d'environ 65% (contre 78% en août 2017).

Les candidats à l'église dimanche

Depuis leur vote de mardi, les Kényans retiennent leur souffle devant ce duel présidentiel qui pourrait être l'un des plus serrés de l'histoire du pays. Leur patience est unanimement saluée dans un pays qui a connu ces dernières décennies plusieurs épisodes de tensions et violences post-électorales, parfois sanglantes.

Dimanche, William Ruto et Raila Odinga se sont rendus dans des églises de la capitale Nairobi. Chemise blanche et veste légère, William Ruto a appelé à une suite pacifique du processus électoral lors d'un service religieux: «Nous avons voté pacifiquement, nous avons traversé ce processus pacifiquement et ma prière, c'est que nous terminions ce processus pacifiquement.»

Raila Odinga, vêtu d'une tunique bleue, sa couleur de campagne, a, lui, récité une prière de Saint-François: «Je veux devenir un instrument pour apporter la paix, guérir, unir et garder l'espoir vivant dans notre pays.»

Appels au calme et à la patience

Ailleurs, les offices dominicaux, très fréquentés dans ce pays religieux, ont été l'occasion d'appels à la responsabilité. A l'annonce des résultats, «ne créez pas de problèmes ou de chaos, mais priez pour le nouveau président que Dieu nous a donné», a lancé l'évêque Washington Ogonyo Ngede devant 300 fidèles réunis à Kisumu, fief d'Odinga dans l'ouest du pays. «Les dirigeants vont et viennent, mais le Kenya vit pour toujours», a ajouté cet ami de longue date de la famille Odinga.

A Eldoret, bastion de Ruto dans la vallée du Rift, l'évêque du diocèse catholique Dominic Kimengich a également appelé au calme, exhortant les hommes politiques à être «très prudents dans leurs propos». «Nous avons connu cela en tant que Kényans, nous savons que toute remarque imprudente (...) peut facilement déclencher un conflit», a-t-il déclaré à l'AFP avant une messe dans la paroisse de Yamumbi. Il a demandé aux responsables politiques d'«accepter la volonté du peuple» exprimée dans les urnes.

En écho au secrétaire d'Etat américain Antony Blinken samedi sur Twitter, une quinzaine d'ONG et de syndicats, dont Amnesty International, ont appelé dimanche «à la patience». «Nous applaudissons les Kényans pour leur conduite pacifique pendant les élections et appelons au calme pendant que les résultats sont vérifiés», ont-ils déclaré dans un communiqué.

Une élection scrutée

Quelque 22,1 millions d'électeurs ont été appelés aux urnes, mardi, pour désigner le successeur du président Uhuru Kenyatta, ainsi que leurs gouverneurs, parlementaires et élus locaux. Les résultats des scrutins locaux tombent au compte-gouttes. Ils ne laissent pas présager quel camp ravira la majorité parlementaire, mais ils dessinent d'ores et déjà une percée historique des femmes.

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Pour la présidentielle, le suspense est maximal. Si aucun de ces deux candidats ne recueille plus de 50% des voix, ainsi que 25% des voix dans la moitié des 47 comtés, le Kenya connaîtra pour la première fois un second tour.

L'IEBC est donc sous pression. Non seulement parce que le pays, locomotive économique de l'Afrique de l'Est, tourne au ralenti dans l'attente des résultats, mais aussi parce qu'elle a été vivement critiquée il y a cinq ans après une présidentielle invalidée par la Cour suprême.

Vendredi, la commission a reconnu que les opérations de collecte, comptage et vérification des résultats étaient plus longues que prévu, ralenties, selon elle, par l'interférence de partisans des partis politiques. Cette élection est scrutée de près par la communauté internationale. Le Kenya est en effet un point d'ancrage démocratique dans la région et les résultats de toutes les présidentielles y ont été contestés depuis 2002.