La KFOR (Force multinationale au Kosovo) a pris, lundi, le contrôle d'une fonderie de plomb du complexe sidérurgique et minier serbe de Trepca, à Zvecan dans la région de Kosovska Mitrovica où les deux communautés serbe et albanaise du Kosovo sont face à face. L'initiative découle de considérations écologiques mais risque de raviver les tensions. L'ONU a expliqué les dangers que faisaient courir à la population les importantes émissions de plomb de la fonderie. Elles rendent nécessaire, selon elle, la fermeture temporaire de l'usine en attendant qu'elle soit mise aux normes, ce dont se chargera un consortium international.

Au moins 800 militaires de la KFOR ont investi l'usine. Après plusieurs heures de négociations et des heurts avec les ouvriers, ils ont pris le contrôle de l'entreprise. Bernard Kouchner, l'administrateur civil de l'ONU, a estimé qu'«en tant que médecin et qu'administrateur en chef, je serais négligent si je laissais cette menace pour la santé des enfants et des femmes enceintes se poursuivre ne serait-ce qu'un seul jour». Il a affirmé que la fermeture ne serait que temporaire, que les ouvriers recevraient des compensations. Ils reprendront le travail «le plus vite possible.»

A Belgrade, le ministre yougoslave de l'Information, Goran Matic, a néanmoins qualifié de «vol» cette opération: «Il s'agit d'une démonstration de force antiserbe contre des gens désarmés.» Même réaction indignée chez Oliver Ivanovic, chef de la communauté serbe de Mitrovica.

Le complexe industriel de Trepca est symbolique. Principale source d'emplois pour les Serbes dans le nord du Kosovo, les mines de Trepca étaient aussi une des principales sources d'exportations de la Yougoslavie. Les Albanais avaient été licenciés après une grève en 1989 et cette agitation sociale avait été un catalyseur du lancement de la répression contre les Albanais du Kosovo par Slobodan Milosevic.

AP/LT