Les deux hommes ont été reconnus coupables par un tribunal moscovite du vol de millions de tonnes de pétrole et du blanchiment de 23,5 milliards de dollars. Ils resteront en prison jusqu’à la fin du prochain mandat présidentiel en 2017.

Le tribunal a pris en compte la peine purgée depuis leur arrestation en 2003 dans le cadre d’une première affaire d’évasion fiscale et d’escroquerie, selon le site internet des défenseurs de l’ex-homme le plus riche de Russie, www.khodorkovsky.ru.

Assis dans une cage en verre, M. Khodorkovski a accueilli l’annonce de la peine avec le sourire. Il ne s’attendait pas à une relaxe après avoir été déclaré coupable, lundi, de faits vivement contestés par la défense.

Montrer qui est le patron «Notre exemple montre qu’en Russie, il n’y a pas d’espoir de protection contre les bureaucrates», a réagi M. Khodorkovski, dans un communiqué lu par un de ses avocats à la sortie du tribunal. «Nous ne nous laissons pas décourager», a-t-il ajouté.

La réaction de la mère de M. Khodorkovski a été plus émotionnelle: «Soyez maudits, vous et vos descendants!», a-t-elle hurlé à la lecture du prononcé de la peine.

L’avocat de la défense, Iouri Schmidt, a estimé que ce jugement était «illégal» et le fruit des pressions exercé par le Premier ministre, Vladimir Poutine. Le Premier ministre avait déclaré à la mi-décembre à propos de l’ex-PDG du groupe pétrolier Ioukos, que «tout voleur (devait) aller en prison». La défense avait alors dénoncé une «ingérence directe» dans ce procès entamé en mars 2009.

Berlin «très préoccupé» «C’est un jugement cruel et honteux qui montre l’absence d’indépendance des tribunaux en Russie», a critiqué de son côté l’ancienne dissidente soviétique Lioudmila Alexeeva.

La reconnaissance de culpabilité des deux hommes avait déjà été critiquée par les Etats-Unis et plusieurs pays de l’Union européenne. La Russie a qualifié ces prises de position d’»inacceptables».

Jeudi, quelques minutes après l’annonce de la peine, Berlin s’est à nouveau dit «très préoccupé» après la sentence. La chancelière Angela Merkel s’est dite «déçue par le verdict» dans un communiqué.

«L’impression que des motivations politiques ont joué un rôle dans ce procès demeure. Cela contredit les intentions souvent exprimées par la Russie de progresser vers un Etat de droit», a ajouté Mme Merkel.

Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek s’est dit «très déçu». Il a estimé que la lourde peine infligée aux deux hommes d’affaires montrait les limites de l’Etat de droit en Russie.

Ioukos démantelé L’ancien patron de Ioukos, qui clame son innocence, a été arrêté en octobre 2003 alors qu’il manifestait son intention de se lancer en politique. Il a été condamné en 2005 à huit ans de détention pour fraudes et évasion fiscale et devait sortir de prison l’an prochain.

De nombreux analystes considèrent que l’affaire Ioukos a été orchestrée par le pouvoir russe pour briser un homme d’affaires trop indépendant. Il finançait l’opposition et n’hésitait pas à contredire le président de l’époque, Vladimir Poutine. Actuel Premier ministre, M. Poutine est resté de l’avis de nombreux observateurs l’homme fort du pays.

Ioukos, ex-fleuron de l’industrie pétrolière russe, a été démantelé lors du premier procès au profit d’entreprises proches du pouvoir.

Test pour Medvedev De nombreux observateurs ont estimé que le deuxième procès serait un test pour les promesses du ton plus libéral affiché par le président Dmitri Medvedev, et enverrait un signal aux élites et aux investisseurs étrangers.

Des sympathisants de M. Khodorkovski ont accusé le tribunal de faire en sorte que le jugement soit prononcé juste avant le Nouvel An, marquant le début d’une période de congés jusqu’au 10 janvier, pendant laquelle ne paraît aucun journal.