Syrie

Khorassan, la nouvelle menace terroriste

Les frappes américaines ont visé un groupe djihadiste inconnu il y a deux semaines

Khorassan, la nouvelle menace terroriste

En plus des positions de l’Etat islamique (EI) en Syrie, les avions de chasse américains ont visé un autre groupe djihadiste, Khorassan, lié au Front Al-Nosra (Jabhat Al-Nosra en arabe), la branche syrienne d’Al-Qaida, totalement inconnue jusqu’à il y a deux semaines. Ce dernier préparait des «attaques majeures» contre des cibles en Europe ou aux Etats-Unis, a annoncé mardi le porte-parole du Pentagone, John Kirby.

L’existence du groupe Khorassan a été évoquée pour la première fois il y a deux semaines par des sources anonymes proches du Pentagone qui auraient mis en garde contre une menace plus grande encore que celle que représente l’EI. Il s’agirait, selon un article du New York Times daté du 20 septembre, d’une unité du Front Al-Nosra dirigée par un Koweïtien, Mushin al-Fadhli, surnommé Abou Asma al-Khorassani. Ancien de la branche originelle d’Al-Qaida, il serait passé en Iran où il aurait vécu plusieurs années, avant de se rendre en Syrie, en 2012 ou 2013, explique Aron Lund, spécialiste des réseaux djihadistes en Syrie: «Agissant au sein ou avec l’aide du Front Al-Nosra, il aurait créé avec des vétérans d’Al-Qaida en Afghanistan une cellule vouée à l’organisation d’opérations externes, par exemple des attentats hors de Syrie.»

Face à la montée en puissance de l’EI, Al-Qaida veut réaffirmer sa légitimité face à ses militants en montrant sa capacité à mener des attentats contre des intérêts occidentaux. Grâce aux recrues européennes ou américaines du Front Al-Nosra, Khorassan a accès à des passeports internationaux, qui facilitent le voyage d’éventuels terroristes.

Un nom qui n’existe pas

L’existence du groupe est avérée, mais la divulgation de son existence semble avoir suivi une mise en scène planifiée. Pour Aron Lund, «même le nom du groupe pourrait être une création fort opportune des services américains pour mieux médiatiser le péril imminent. Le Khorassan désigne en arabe archaïque une région qui inclut l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan». C’est pour y avoir passé du temps que Mushin al-Fadhli aurait hérité de son surnom d’Al-Khorassani. «Si ce dernier existe bien, son groupe se nomme probablement différemment», explique Aron Lund. Dans tous les cas, le danger supposé ou réel que cette branche du Front Al-Nosra représente pour les citoyens américains aide à justifier les frappes aériennes en Syrie. «Nous estimons que le groupe Khorassan était proche de la phase d’exécution d’une attaque, soit en Europe, soit aux Etats-Unis», a estimé mardi le général William Mayville, directeur des opérations à l’état-major interarmées américain.

Paradoxalement, certains Etats membres de la coalition contre l’EI, notamment la Turquie et l’Arabie saoudite, ont soutenu indirectement le Front Al-Nosra et refusent encore de le condamner ouvertement. Ils pourraient ne pas vouloir être associés à cette attaque contre Khorassan. Ce qui expliquerait pourquoi, comme le précise le général William Mayville, ce sont essentiellement des missiles Tomahawk qui ont visé les positions de Khorassan et non des avions.

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